« Hadamar » d’Oriane Jeancourt Galignani (Grasset, 2017)

Au cours de mes recherches sur la littérature traitant de la Seconde Guerre mondiale, j’ai croisé le chemin de ce roman récent ayant reçu un accueil enthousiaste à parution mais qui me semble, depuis, un peu oublié (comme le sont de nombreux livres). Un roman faisant écho à d’autres parutions de la rentrée littéraire de cette année, telles que L’heure des spécialistes de Barbara Zoeke ou Fantaisie allemande de Philippe Claudel. Romans qui sont ou seront lus et chroniqués sous peu.

Quatrième de couverture : « 1945. Franz sort de Dachau. Il y a été emprisonné pour ses articles d’opposition au Troisième Reich, qui vient de s’effondrer. Dans le désastre physique et moral de l’Allemagne vaincue, il part à la recherche de son fils, Kasper, dont il ne sait plus rien depuis qu’il l’a inscrit aux Jeunesses hitlériennes, avant son emprisonnement. De retour dans sa ville natale, il constate que les gens sont énigmatiques, fuyants, éludent ses questions. Un soldat américain venu enquêter sur un mystérieux programme nazi, Aktion T4, refuse de lui donner certaines informations. C’est alors que Franz entend des rumeurs au sujet de l’hôpital d’Hadamar. Il s’y rend, déterminé à retrouver son fils, quel que soit le prix de sa quête. »

La construction de cette fiction fondée sur des éléments historiques véridiques est très intéressante et m’a vraiment convaincue. Je n’ai pas découvert l’Aktion T4 avec ce roman, je connaissais déjà le contenu inhumain de ce programme nazi, mais j’ai découvert plus précisément la situation d’Hadamar.

D’un côté Franz cherche son fils, de l’autre un soldat américain, Wilson, a besoin de Franz (ancien journaliste) pour l’aider à médiatiser l’histoire d’Hadamar afin de sensibiliser l’opinion et d’obtenir que se tienne un procès. Entre les deux hommes : Kasper, fils unique de Franz, est un fantôme dont les actes durant la guerre restent en suspens.

De cette situation fictionnelle mais réaliste c’est à la fois l’avant 1933 et l’après 1945 que déroule Oriane Jeancourt Galignani. Du personnel à l’historique, des crimes visibles aux invisibilisés, l’auteure nous confie ici un roman qui fait mémoire. J’ai particulièrement apprécié la volonté de justice portée par Wilson, dans un contexte où il faut trouver un équilibre entre une justice expéditive et une juste justice (mais aussi dans le choix de ce qui doit/peut être jugé, dans le constat que la justice doit faire apparaître de nouveaux concepts pour ce qui ne relève plus du crime de guerre), alors même que notre humanité est ébranlée, notre esprit hébété face aux faits. Franz et Kasper m’ont aussi beaucoup émue, dans cette peur de se retrouver (ou de ne pas se retrouver), de savoir, d’avouer, de vivre avec ce qui a été fait. Enfin, je salue la place faite aux voix des personnes assassinées (j’ignore cependant s’il s’agit de retranscriptions de documents d’archives ou non).

Par extension, l’auteure interroge aussi les pratiques psychiatriques, le respect de la dignité des patients, le traitement que leur réservent les sociétés, hors du contexte de la Seconde Guerre mondiale, hors de l’idéologie de la pureté du sang du Troisième Reich. Un questionnement qui me rappelle que je dois lire Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey.

Je ne veux pas vous en dire davantage car si vous ne connaissez pas ce pan de l’histoire, je pense que le roman aura encore plus d’impact du fait de découvrir aux côtés des personnages ce qui a eu lieu à Hadamar (et dans d’autres instituts, par prolongement).

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : CarolivreLe boudoir de Nath


Et vous, quel livre apprécié mais dont on parle peu voulez-vous partager ?

 

Retrouvez-moi aussi sur :

YouTubeInstagram

3 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s