❤ « L’homme qui tua Chris Kyle » de Fabien Nury et Brüno (Dargaud, 2020)

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Difficile de passer à côté de ce roman graphique paru courant mai et qui a emballé nombre de chroniqueurs et de lecteurs. Je peux désormais affirmer que, comme eux, cette lecture m’a passionnée autant qu’elle m’a sidérée.

Quatrième de couverture : « Chris Kyle est un héros. Ancien sniper chez les Navy Seals durant la deuxième guerre d’Irak, il a tué plus de 160 cibles. Au faîte de sa gloire (Clint Eastwood a même acheté les droits de son autobiographie, bestseller aux États-Unis, pour en faire un film – ce sera American Sniper), Chris Kyle dédie sa vie à aider ses anciens camarades de combats marqués aussi bien physiquement que mentalement par la guerre. Eddie Ray Routh est l’un d’entre eux.

Le 2 février 2013, l’inconnu Eddie Ray Routh abat la Légende Chris Kyle. Ce livre raconte le crime – et ses conséquences. »

Je me suis littéralement pris une claque : de la première à la dernière page. Le scénario est écrit d’une façon exceptionnelle : documentaire, factuelle mais aussi engagée. Il reconstitue, restitue et confronte les données, celles-ci portées par le talent graphique de Brüno.

Ce documentaire graphique expose des faits de société : la construction de héros militaires nationaux, la prise en charge des traumatisés de guerre, la libre circulation des armes à feu, la place de la religion dans les débats publics. Autant le dire : des sujets qui font monter ma tension mais qui m’intéressent.

J’ai immensément apprécié les nuances, l’absence de manichéisme et en même temps la façon dont les dysfonctionnements ressortent.

Chris Kyle est la parfaite machine de guerre, il fait fantasmer tout patriote, il devient l’allégorie de la puissance et de la virilité américaine. Son score est à glacer (voire congeler) le sang mais il est la résultante de sa formation militaire avec en plus un certain talent mortel. Il est l’homme qui a le plus tué en mission. De retour au pays, il va poursuivre son engagement professionnel et personnel dans ce qu’il sait faire de mieux : tirer et toucher sa cible, dans son idée d’aider et de protéger. Car il n’est pas revenu indemne d’Irak.

Eddie Ray Routh n’a rien qui puisse correspondre au stéréotype du héros américain : il n’a pas combattu. Pourtant, il a vu et a participé à des missions extrêmement difficiles. Il est traumatisé mais n’est pas pris au sérieux car, lui, n’a pas été au cœur des tirs croisés. La montagne de pilules prescrite n’aide pas, la drogue pour soulager et/ou fuir non plus. Crises psychotiques, cauchemars, le quotidien est invivable et son comportement dangereux pour lui et ses proches.

Aux côtés de Chris Kyle ce 2 février 2013, son meilleur ami, Chad Littlefield, sera aussi assassiné.

Au milieu de tout cela, une grande part de la société qui aime les héros prêts à tout pour la patrie, qui a besoin de cloisonner le bien et le mal à sa façon sans remettre en cause son mode de pensée et de vie, qui aime Hollywood et ses histoires qui posent une nouvelle réalité.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce fait ainsi que sur son traitement au sein de la société américaine (qui révèle des réactions qui dépassent l’événement), je ne peux que vous inviter à découvrir ce remarquable roman graphique qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Un gros coup de cœur initiateur de débats, car la littérature sert aussi à ça.

Pour en savoir plus

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Dargaud ainsi que la plateforme Netgalley France pour ce service de presse.

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : L’accro des bullesLire & déliresBranchés cultureImaginoireLa Case de l’Oncle Will


 

Et vous, quelles oeuvres sur la société américaine recommandez-vous ?

 

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8 commentaires

  1. Hallucinant, sidérant, c’est bien ça. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Je ne connaissais pas ce type. J’ai lu que son père lui avait offert une arme à feu à 7ans !!! Chaque société à les héros qu’elle mérite. Ce roman graphique fera peut-être réfléchir ?

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense qu’il a tout pour faire réfléchir sans être moralisateur, j’aime cet aspect factuel. Mais j’avoue que le délire des armes (et je ne savais pas que ça avait commencé dès l’enfance de Chris Kyle) me dépasse et me fait froid dans le dos. Déjà que je suis gênée qu’on vende des armes-jouets hyper réalistes dans les commerces, alors les vraies… Je n’arrive même pas à l’imaginer en fait. ^^’

      Aimé par 1 personne

    1. Je l’ai vu il y a quelques années mais j’en garde assez peu de souvenirs. Je me dis que ça pourrait être intéressant de le revoir après avoir lu la BD, donc je comprends que tu sois tentée par la BD. ^^

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