« Et arrivées au bout nous prendrons racine » de Kristina Gauthier-Landry (La Peuplade, 2020)

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Me mettant plus sérieusement à la poésie contemporaine depuis quelques mois, j’ai décidé de découvrir ce recueil tout juste sorti, de voyager vers la Côte-Nord, dans la musicalité de ses mots, dans son vent marin et son paysage bleu et rocheux.

Quatrième de couverture : « Il y a le retour prudent sur le chemin des origines, le long de la côte, où les maisons boudent. La poésie mène alors à l’enfance, paraît gourmande, des bleuets en confiture, un coeur de lièvre sous la dent. Ici, les bonheurs disponibles s’empilent sur tout ce dont on ne parle pas, des pères horizon, des mères à la gorge inquiète. Et arrivées au bout nous prendrons racine annonce la réconciliation avec un territoire, ce lichen millénaire parmi lequel s’en vont renaître femme et fille, main dans la main, ébruite ce nord hostile et fertile, fait de grands espaces et de petites choses. De doigts gelés et de pain chaud. Et, surtout, de silence. »

Kristina Gauthier-Landry nous invite dans son enfance, dans des souvenirs tiraillés entre les plaisirs simples et souvenirs heureux et la conscience du territoire limité, de l’ailleurs qui appelle. Une construction que j’ai sentie en creux comme un corps incomplet : être ici et manquer d’ailleurs, être ailleurs et porter la mémoire d’ici. Un écartèlement mélancolique qui cherche ses racines pour mieux les retrouver après les avoir quittées.

La vie au village est marquée par la pêche, elle est le travail des hommes – maris, pères, frères, fils – elle est le repas sur la table et les biens du quotidien, mais elle est aussi le mélange d’angoisse et de joie de voir revenir les bateaux et leurs habitants aux parfums de sel et d’horizon. C’est une vie exigeante avec les hommes, les femmes et les enfants, dans un espace reculé, presque inaccessible où le travail va de pair avec le danger et l’incertitude quant aux lendemains. La question et d’accepter ou non ce quotidien qui se transmet, dont on hérite.

Le quotidien est aussi emprunt de joies infinies propres à l’enfance, de plaisirs gourmands (dans lesquels je me suis retrouvée) à la valeur de trésors, de beautés naturelles, de joies intenses au retour du père, de moments de complicité aux côtés de la mère qui attend. Mais il reste toujours à tuer l’ennui pour oublier le manque de distractions, lister ce que l’on a pour remplir le vide des bonheurs indisponibles.

Une fracture. L’enfance bascule, l’adolescence et la révolte. J’ai senti une brisure intime sans réussir à mettre le doigt dessus, mais déjà l’annonce d’un départ prochain comme refus du chemin de vie tracé par le village, une rupture avec les traditions des lieux et l’angoisse qui les habille de son châle de ciel : infinie et permanente.

Il faut parfois une rupture pour trouver une réconciliation, avec son histoire, son patrimoine, avec soi-même. Partir pour se donner le temps de ressentir le manque.

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4 commentaires

    1. Ah oui, j’ai croisé plusieurs titres de chez Alto sans jamais me jeter à l’eau, il faut que je m’y repenche d’urgence ! 😀 Et je vais approfondir ma découverte de La Peuplade aussi. 😉 Merci à toi pour ton conseil !

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