« El Hadj » de Mamadou Mahmoud N’Dongo (Le Serpent à Plumes, 2008)

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C’est en préparant la bibliographie sur les auteurs sénégalais et d’origine sénégalaise que je me suis rendue compte que ce livre dormait dans ma bibliothèque depuis des lustres. Bibliographie terminée, lecture aussitôt commencée.

Quatrième de couverture : « Dans El Hadj il y a un wagon qui n’ira plus nulle part, il y a une petite fille aux allumettes, il y a une cité, des assassins, un feu qui vient du ventre et embrase tout. Dans El Hadj il y a Dieu et les hommes. Dans El Hadj il y a surtout El Hadj… et El Hadj ne veut pas oublier.

Mamadou Mahmoud N’Dongo nous dévoile ici les secrets d’une âme torturée par sa propre mémoire, alimentée et corrompue par la noirceur d’une mémoire collective dont les traces l’entourent comme une fatalité. Une descente aux enfers au style dépouillé à l’extrême pour le second roman de l’auteur de Bridge Road. »

Mamadou Mahmoud N’Dongo est un auteur très prolifique et plusieurs de ses livres me font clairement envie. Il était donc primordial que je rencontre son écriture qui ne m’a pas laissée de marbre. Par contre, je dois avouer que j’ai eu quelques difficultés à apprécier le contexte de cette histoire.

El Hadj est le personnage principal, membre d’un réseau mafieux – à la suite de son père – en région parisienne. Dès le début de l’intrigue, nous apprenons qu’il a tué son ami le plus proche de cette organisation. La question en suspens va être de comprendre pourquoi. Que s’est-il passé pour qu’il en arrive à cette extrêmité ?

Un panel dense de personnages nous est présenté, des passifs qui constituent l’identité du réseau, des réseaux, les rapports de forcce et de pouvoir, les obligations et les déviances violentes. Et c’est peut-être ce qui m’a refroidie, cette violence dans ce milieu spécifique, les situations qui mettent le lecteur mal à l’aise même si certains sujets importants sont évoqués lors de scènes crues. Je parle de scènes car le découpage des chapitres m’a immédiatement inspiré un travail de montage cinématographique saccadé, nerveux, sous excitant.

De ces sujets forts, El Hadj évoquera la violence et les conséquences de certaines traditions et la révolte de certaines femmes qui en sont victimes, l’excision. Un sujet que je trouve encore rare dans la littérature et dont il faut clairement parler. Même si ça a été difficile à lire, j’ai été reconnaissante à l’auteur qu’il dirige des projecteurs dessus. Il nous parle aussi du poids du passé dans la vie quotidienne, des stigmates de la cité de la Muette à Drancy. Ce grand ensemble architectural innovant, premier projet HLM dont la construction débuta en 1932 et qui, à partir de 1939, fut utilisé comme camp de prisonnier avant d’être un camp d’internement en 1941 pour les personnes juives de tous âges, arrêtées, raflées, condamnées à la déportation dans les pays de l’Est. Quelques années après la guerre, cet ensemble de logements répondra finalement à sa vocation première : proposer des logements sociaux, malgré la souffrance et l’inhumanité gravée dans ses pierres. Le personnage d’El Hadj nous parle de cette présence du passé au quotidien dans ce lieu pas comme les autres, lui qui y vit avec sa famille. Il nous parle aussi des cités, de la pauvreté, du manque de choix qui fait parfois prendre des chemins dangereux.

Malheureusement, les passages auxquels j’ai été la plus sensible sont assez minoritaires face à l’ensemble du récit et si j’ai apprécié le style vif de Mamadou Mahmoud N’Dongo, je n’ai tout simplement pas été le bon public pour cette histoire de mafieux sans morale (ou presque). Je ne comprends tout simplement rien aux luttes de pouvoir et aux stratégies d’alliances ou de pièges. A chaque page je m’attendais à pire, au pire, et cette tension à la lecture n’est pas vraiment faite pour moi, d’autant plus quand il est question de violences sexuelles.

En conclusion, cette lecture, même si elle n’a pas été des plus plaisantes (vous l’aurez compris, pour des raisons complètement subjectives), a eu le mérite d’attiser ma curiosité vis-à-vis de cet auteur dont j’ai déjà prévu de lire Bridge Road dans les semaines à venir.

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quels romans sur la violence urbaine vous ont marqué ?

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