❤ « Citizen : ballade américaine » de Claudia Rankine (L’Olivier, 2020)

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Claudia Rankine est une universitaire et auteure qui écrit notamment de la poésie. Une poésie ancrée dans le quotidien de la société américaine, une poésie documentaire qui rend compte du racisme qui perdure, qui a la peau dure, qui s’immisce dans les interstices de chaque jour.

Quatrième de couverture : « À terre. À terre tout de suite. J’ai dû aller trop vite. Non, tu n’allais pas trop vite. Je n’allais pas trop vite ? Tu n’as rien fait de mal. Alors pourquoi me contrôlez-vous ? Pourquoi suis-je contrôlé ? Fais voir tes mains. Les mains en l’air. Lève les mains.

L’attaque est préméditée, assumée, d’une violence intolérable. Ou bien c’est simplement la langue qui fourche sans qu’on s’en rende compte, et le racisme parle à travers notre bouche. Citizen est un livre sur les agressions racistes.

Pour dire cette réalité, Claudia Rankine choisit une forme qui n’appartient qu’à elle : tour à tour poésie, récit ou pamphlet, Citizen décrit les expériences les plus intimes, les plus ténues pour y greffer ce que dépose en nous le flux de la vie quotidienne – propos saisis dans le métro, conversations, blagues, coupures de journaux, captures d’écran -, dans un vaste collage d’images et de voix. Une symphonie parfois dissonante où les mots les plus simples sont portés par une extraordinaire énergie poétique. »

Ce recueil rend compte de réflexions issues des expériences de Claudia Rankine, que ce soit auprès de personnes anonymes ou de proches. Des paroles glissantes et maladroites à celles ouvertement stigmatisantes et discriminantes, l’auteure consigne et exprime la colère et l’usure. Car l’impact des paroles est concret pour les personnes qui sont visées et les conséquences sur la santé ne sont pas fictifs.

C’est également un regard actuel sur les États-Unis qui nous est proposé. Des instantanés qui font froid dans le dos, qui n’hésitent pas à interroger des faits du passé pour mieux penser le présent. Des faits d’actualité, des faits internationaux mais aussi des faits du quotidien qui ne font pas les gros titres. Claudia Rankine leur fait une place ici.

Le style d’écriture est particulier, une poésie en prose qui peu à peu se fait plus lisible et évidente, tranchante, organique. Sa colère devient un peu la nôtre. Pour l’avoir expérimenté, il ne faut pas hésiter à y revenir plusieurs fois après la lecture. Les textes sont enrichis de photographies d’oeuvres et revenir plusieurs fois à la lecture sur des temps différents les rend aussi plus lisibles (surtout si, comme moi, vous êtes un peu à la ramasse question art contemporain).

Je dois dire que cette lecture a été percutante et j’ai eu quelques montées de tension. Il faut encore et toujours être vigilants et refuser d’assister à ce genre de situations sans réagir. Car ce que nous rappelle l’auteure ici c’est qu’il y a du boulot face aux mentalités arriérées, à la haine qui a tendance à bien se décomplexer. Nous lisons sur les États-Unis mais la réflexion, pour le lecteur, s’élargit au-delà de ces frontières.

Ce livre est un objet littéraire singulier et très efficace, je suis vraiment reconnaissante à Claudia Rankine d’avoir réalisé ce travail poétique, ce travail documentaire, et je suis également reconnaissante aux éditions de l’Olivier de lui avoir permis cette publication en français et cette visibilité. Vous l’aurez compris, je suis conquise et je ne peux que vous encourager à découvrir cette prose remarquable.

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Et vous, quelle poésie qui dénonce des faits quotidiens recommanderiez-vous ?

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13 commentaires

  1. J’avais aussi beaucoup aimé ce roman, je l’ai trouvé juste et bien amené pour les ados. 🙂 Il est différent par la forme mais en effet il est par exemple question de processus d’arrestations abusives dedans. Si tu as d’autres titres sur le racisme aux Etats-Unis (et ailleurs), n’hésite pas, je suis toujours preneuse. 😀

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  2. 😀 Si tu le lis un de ces jours, je serais ravie de connaître ton avis. Je crois qu’un autre recueil de l’auteure a été traduit il y a quelques années, je vais essayer de le trouver quand on pourra à nouveau circuler et soutenir nos libraires. ♥

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  3. En film, je peux te conseiller Blackkklansman. Les dernières minutes qui concluent le film sont violentes, la salle de cinéma s’est vidée dans le silence complet.
    En livre, je réfléchis mais rien ne me vient à l’esprit. Sorry 😅

    Aimé par 1 personne

  4. Je l’ai lu et vu et là je me sens juste archi cloche parce que je ne me souviens pas de la fin du film… O.O’ Ah si, les images documentaires contemporaines ? C’était génial comme idée, j’ai adoré cette petite touche qui te rappelle au présent et qui te décroche les oeillères. (Si c’est pas ça, j’ai mélangé plusieurs films…)

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