❤ 👁 « Métropoèmes » de Maram al-Masri (Bruno Doucey, 2020)

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Paru le même jour qu’Elles sont au service de Fabienne Swiatly, ce recueil lui répond magistralement en nous invitant à ne plus baisser les yeux et à porter attention aux personnes qui nous entourent dans les transports en commun mais aussi, plus largement, dans la vie.

Quatrième de couverture : « Ligne 5, République, Bobigny… Ligne 9, Jasmin, La Muette, Charonne… Chaque jour des millions de femmes et d’hommes se croisent dans le métro parisien, les yeux rivés à l’écran de leur téléphone mobile, pressés d’arriver à destination. Et pourtant, il y a tant à voir et tant à vivre dans ce monde souterrain. Tant de livres à déchiffrer sur les visages que l’on côtoie. Tant de scènes à filmer avec la caméra de l’empathie. Tant de jeunes et de vieux, de malades et de bien-portants, de riches et de pauvres emportés dans le même voyage. Il fallait un regard de poète pour mettre au jour l’inépuisable richesse de ces transports en commun. Ce regard, c’est une femme venue de Syrie qui nous l’offre, dans ces métropoèmes écrits directement en français. La poésie aussi est un service public. »

Rien qu’en ouvrant et en feuilletant ce recueil la surprise est bonne. Le travail éditorial nous emmène directement dans le métro parisien avec ses stations comme chapitres, ses déambulations sous terres formalisées. Nous sentons presque les flux de voyageurs autour de nous, nous entendons presque la voix mécanique qui égraine les noms dans la rame. Ce livre, j’ai tenu à le lire en grande partie dans les transports justement. En situation, parce que ce que nous dit Maram al-Masri, on l’a vu et on le voit au quotidien.

Elle nous dit les hommes, les femmes et les enfants qui sont sur le bord des quais ou à côté de nous, qui nous ressemblent mais que nous ne voulons pas voir, que nous évitons du regard. A qui nous avons donné, une oreille ou une triste pièce, et à qui nous ne donnons plus. Ces hommes, ces femmes et ces enfants à qui il est urgent de donner des mots et à qui il faut rendre existence. De station en station, ce sont des vies que l’auteure écrit avec une infinie bienveillance, avec cette compassion indissociable de la tristesse et du cœur.

J’ai été immensément émue à la lecture de ce recueil, rythmé par des citations d’autres poètes de tous âges et de tous parcours, d’une vie ou d’un jour, comme je suis émue au quotidien par le monde dans lequel je vis, comme vous l’êtes aussi j’imagine, je le sais. Continuons à l’être en étant un peu plus acteurs et en voyant ce que, parfois, nous ne voulons pas voir, en écoutant ceux que nous ne faisons qu’entendre, en levant les yeux et en faisant une place près de nous, comme on invite un ami, un proche. Redonnons du sens au commun, à ce qui nous rassemble sous la lumière jaunie : notre humanité.

Ces textes sont à mettre entre toutes les mains, à glisser dans toutes les oreilles, car ils sont universels et sont un cri qui doit nous réveiller à l’autre. Ce cri, c’est la poésie. Sublime.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, voyagerez-vous dans les boyaux de la terre avec cette auteure ?

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