« Cosmétique du chaos » d’Espedite (Actes Sud, 2020)

9782330130800

Attention : ce livre est pour moi un OLNI [Objet Littéraire Non Identifié] ! Un résumé intriguant, un sujet qui me sors de mes habitudes de lecture, une couverture attractive (même si, au fond, on s’en fiche un peu), une maison d’édition vers laquelle je peux aller les yeux fermés, voilà l’équation qui m’a amenée à acheter ce livre dès sa parution. Et j’ai été très surprise par ce que j’ai lu, déstabilisée, parfois décontenancée, perdue, un peu comme Hasna, le personnage principal dont ont suit les pensées dans un monde où chacun est défini par le travail, ses données et les traits de son visage.

Quatrième de couverture : « Suite à son licenciement, Hasna se doit d’accepter les opérations de chirurgie esthétique préconisées par sa conseillère de réinsertion dans l’emploi. Elle vit très mal ces interventions et sombre peu à peu dans une étrange résistance.

Novella noire inspirée de la littérature d’anticipation, ce récit à la deuxième personne est l’histoire d’une insurrection silencieuse, d’une insurrection sans visage, à l’endroit d’une société normée par les technologies du regard et de la surveillance de masse. »

Je n’avais encore jamais entendu parler de l’auteur et je crois que je ne suis pas près de l’oublier. Car si la cosmétique du chaos imprègne et désintègre les visages des personnes qui ne trouvent pas de travail, lui, il intègre ce chaos dans la langue en déconstruisant et en remodelant les mots et les tournures de phrases jusqu’à ce que notre tête tourne.

J’ai vraiment été très surprise et j’ai parfois eu du mal à suivre les troubles et les émotions d’Hasna en même temps que certains passages plus sereins me permettaient de garder la tête hors de l’eau. Et, en cela, l’auteur tape fort : le trouble, la perte de repères, la résistance comme dernier rempart à la disparition de soi sont très bien retranscrits. C’est oppressant en même temps que les actions d’Hasna peuvent être jouissives, c’est dérangeant en même temps que le monde d’aujourd’hui peut l’être si l’on regarde sa course.

De l’anticipation nous ne sommes pas loin du réel dans la stigmatisation et la culpabilisation des personnes au chômage, dans la négation de l’individualité et les épreuves personnelles (ici le deuil) au profit de la création de richesse, au prix de la santé physique et psychologique des personnes. Nous n’y sommes pas encore, mais nous sommes appelés à la vigilance car la pression sur le physique et l’utilisation des données n’appartient pas au futur mais bel et bien au présent.

Si ce livre vous rend curieux, je ne peux que vous inviter à lire quelques extraits du début du roman car la langue a de quoi déstabiliser quand on s’attend, comme moi, à une littérature assez classique. Et ensuite, si vous y trouvez la poésie et la fureur que vous y cherchez, vous n’aurez plus qu’à faire le grand saut dans l’esprit de résistance d’Hasna.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : LOUPBOUQUIN


 

Et vous, quel roman vous a profondément surpris dernièrement ?

3 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s