❀ 👁 « L’annĂ©e du soulĂšvement » d’Hubert Mingarelli (Seuil, 2010)

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Nous sommes dans un lieu qui ne dit pas son nom, Ă  une Ă©poque qui pourrait ĂȘtre hier comme demain, avec des hommes impliquĂ©s dans deux bords qui s’affrontent lors d’un soulĂšvement. Un roman sur des hommes entre eux comme savait si bien les Ă©crire Hubert Mingarelli (le passĂ© de cette phrase me fait mal au cƓur), secouĂ©s par des Ă©vĂ©nements qui impactent directement leur histoire personnelle et leur part d’humanitĂ© restĂ©e en Ă©veil malgrĂ© le rĂ©veil des colĂšres prĂ©datrices.

QuatriĂšme de couverture : « Alors il pensa aux forĂȘts sous la neige et aux premiĂšres branches des sapins, si lourdes qu’elles ploient jusqu’au sol. Il se souvint du renard qui dormait au pied d’un sapin, sous l’une de ces branches, Ă  l’abri du froid et de la neige. Il avait les couleurs de son lit d’aiguilles de pin. Il se souvint de l’impression de chaleur qu’il avait ressentie en le voyant, pour lui-mĂȘme et pour le renard, alors que la tempĂ©rature Ă©tait tombĂ©e en dessous de zĂ©ro. Il l’avait laissĂ© dormir, le museau posĂ© sur ses pattes de derriĂšre, soufflant des petits nuages d’haleine blanche. En s’en allant il lui avait dit : ‘Je te laisse parce que tu dors.’ Puis il lui avait souhaitĂ© que leurs chemins ne se croisent plus jamais.

Souvenir d’une partie de chasse, d’un renard qui dort. Construire un feu et Ă©couter la voix paisible du vent. Oublier que les hommes ont Ă©tĂ© ennemis. Notre besoin de consolation est impossible Ă  rassasier, Ă©crivait Stig Dagerman. »

Ce roman m’a littĂ©ralement absorbĂ©e du dĂ©but Ă  la fin tellement les personnages semblaient ĂȘtre proches, j’avais presque l’impression d’ĂȘtre Ă  leurs cĂŽtĂ©s, en haut de la montagne, Ă  proximitĂ© du feu de fortune, angoissĂ©e par la situation et la variation des humeurs, cherchant moi aussi un coin de mur ou une chaise pour m’asseoir et guetter les bruits venant d’en bas, pour la sentence.

Trois hommes : deux hommes accompagnent le troisiĂšme en haut d’une montagne sur ordre d’un responsable vainqueur du soulĂšvement en cours. Le prisonnier le sait, son jugement relĂšvera de l’expĂ©ditif et de la vengeance. Son crime : avoir Ă©tĂ© du bord des vaincus. Car la question en rĂ©side pas dans les crimes : les deux bords ont sombrĂ© dans la folie au cours d’une nuit qui a marquĂ© les esprits.

Alors, dans le silence brisĂ© uniquement par le crĂ©pitement du feu de bois, les hommes vont parler, tantĂŽt en respectant leur place, tantĂŽt entre hommes qui peuvent comprendre la souffrance et la peur de l’autre. L’attente du groupe qui tranchera est interminable. Des rancƓurs et remords ressortent : de celui qui n’a pas combattu et rĂȘve de faire ses preuves, de celui qui rĂȘvait de dĂ©fendre sa cause et qui en ressort traumatisĂ© par la mort qu’il a infligĂ© Ă  un homme, qu’il a visĂ© car il lui semblait le plus faible. La peur de la mort, de celle qui a Ă©tĂ© donnĂ©e, de celle qui va venir.

Hubert Mingarelli ne prend pas parti entre les factions et n’invite pas le lecteur Ă  le faire. La seule invitation est celle de l’humanitĂ© et de la violence qui bouleverse les vies, de la tristesse que rien ne soulage, pas mĂȘme les souvenirs les plus purs, derniers refuges de l’esprit. Un grand roman.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniquĂ© : Pas de chronique rĂ©cente trouvĂ©e pour le moment.


 

Et vous, quel est le dernier livre que vous n’avez pas pu poser avant de l’avoir terminĂ© ?

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