👁 « Un repas en hiver » d’Hubert Mingarelli (Stock, 2012)

9782234071728-T

Cet article a été publié une première fois le 21 juin 2018. Ce fut le livre de la découverte, il a marqué une étape forte pour moi.

Quelle belle trouvaille chez Emmaüs que ce livre d’Hubert Mingeralli, que je n’avais jamais lu et que j’ai découvert à travers une écriture aussi dure que belle, qui n’a pas peur des mots ni des situations difficilement soutenables.

Quatrième de couverture : « Dans ce nouveau roman, Hubert Mingarelli met en scène des soldats d’une compagnie isolée en Pologne, dont la mission est impossible. Soit ils participent chaque jour aux exécutions sommaires, soit ils sont envoyés dans la campagne alentour pour en ramener un, c’est-à-dire un Juif, qu’ils devront ensuite livrer à leur supérieur et donc à la mort.

Trois hommes, las des fusillades, prennent la route un matin, et avancent péniblement dans la neige, le ventre vide et les pensées tournées vers leur vie civile, sans autre choix que de prendre part à une chasse à l’homme à laquelle ils ne croient pas.

Ce jour-là, ils débusquent presque malgré eux un Juif caché dans la forêt et, soucieux de se nourrir et de retarder leur retour au camp, ils vont procéder dans une maison abandonnée à la laborieuse préparation d’un repas avec le peu de vivres dont ils disposent. Les hommes doivent trouver de quoi faire du feu et réussir à porter à ébullition une casserole d’eau. Ils en viennent à brûler le banc sur lequel ils sont assis, ainsi que la porte derrière laquelle ils ont isolé le Juif. Le tour de force d’Hubert Mingarelli constitue à mettre autour d’une table trois soldats allemands, un jeune Juif et un Polonais de passage dont l’antisémitisme affiché va, contre toute attente, réveiller chez les soldats un sentiment de fraternité vis-à-vis de leur proie.

Se posent alors des questions monstrueuses : Faut-il proposer au Juif de manger ? Et, une fois le repas partagé, faut-il le ramener ou le libérer ?

C’est ici qu’Hubert Mingarelli, dans son style sobre et précis, met le lecteur face à sa conscience et la logique meurtrière à laquelle sont soumis ces hommes. En convoquant la peur, la raison, l’espoir, la folie et l’humanité contenus en chacun d’entre nous. »

Tout le récit amène à un huis clos d’une lourdeur suffocante, même les scènes dans la nature manquent d’air. Ce sentiment m’a impressionnée à la lecture et m’a vraiment marquée.

Ensuite, je suis partagée avec la fin de description proposée en quatrième de couverture qui se termine sur une phrase qui nous fait attendre beaucoup en revirement de situation, en fraternité qui se révèle. Mais la fraternité je ne l’ai pas vue et après ma lecture je ne suis pas en accord avec la mention de ce mot (n’ai-je donc rien compris ?).

Mais revenons un peu sur le récit. Nous sommes en présence de trois soldats nazis qui, pour échapper aux fusillades ignobles mais très courantes dans l’Est, sortent pour aller capturer du Juif. Ce qui m’a frappée dans un premier temps c’est le nombre de pages à lire avant de tomber sur ce mot, Juif. Ils cherchent (sans se démener non plus, l’objectif principal étant quand même d’être dehors, loin de la Shoah par balles) et se déplacent dans l’attente de trouver un homme comme un chasseur attend de croiser sa proie. C’est à la page 39 que le couperet tombe. Même si on le sait en commençant le livre, ce temps pris pour nommer la victime est pour moi une première étape dans la déshumanisation. La victime n’est rien, elle n’est pas victime, d’ailleurs, car elle devient un laisser-passer pour échapper le lendemain à d’autres exécutions de masse.

En route, dans le froid glacial polonais, les trois soldats vont se réfugier dans une maison pour pouvoir tenter de se réchauffer et de faire à manger. Et là l’air se fige, devient épais au fur et à mesure que le temps passe et que la venue d’un Polonais dans le refuge s’installe et s’impose pour partager le repas. Au moment, où j’imagine, nous devrions voir un début de fraternité, je n’ai vu que de la défiance à l’encontre du Polonais, de la provocation, de la violence (et vice-versa). Nous sommes confrontés à des cruautés. Le choix décisif n’est à mon sens pas un regain d’humanité, mais la recherche d’un acte qui pourrait soulager des consciences bien lourdes. Un acte, en somme, particulièrement égoïste, à moins que la conscience soit le dernier bastion de l’humanité. La fin du roman viendra confirmer cet a priori que j’ai eu vis-à-vis du dilemme.

J’ai trouvé ce roman aussi passionnant que dur, mais il a su montrer la déshumanisation des soldats, qui baignent dans l’idéologie nazie depuis l’enfance. Et en même temps, il leur est difficile de faire face aux meurtres de masse auxquels ils ont dû participer. Où se situe la lisière de l’inhumanité, l’humanité peut-elle être totalement annihilée ? En tout cas, elle prend un sacré coup à la lecture de ce livre.

Pour en savoir plus

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Et vous, avez-vous lu des œuvres d’Hubert Mingarelli ?

5 Comments

  1. Ca a l’air passionnant ! Et je dois avouer que la quatrième de couverture nous vend un retournement de situation, une sorte de réveil des réflexes d’humanité de ces homes, mais en fait, pas vraiment, merci de nous prévenir. 😛

    Ce livre a l’air réussi d’après ce que tu dis, et vu le thème, difficile à lire aussi ! Quelle période sombre de notre histoire, et aujourd’hui n’est guère mieux…

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  2. Personnellement, je n’ai pas senti l’humanité, mais peut-être que j’attendais plus que ce qui se passe. Je l’ai beaucoup aimé en tout cas oui ! 🙂

    En effet, on connaît les horreurs d’hier mais cela n’empêche pas de les refaire et de les prévoir pour demain. C’est à se demander s’il y a une solution pour venir à bout des pratiques inhumaines. J’ai de plus en plus de doutes.

    Aimé par 1 personne

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