👁 « Parole de papillon » de Cécile Roumiguière et Léa Djeziri (Ed. du Pourquoi pas ?, 2015)

Je me souviens que, petite, la guerre du Kosovo est la première qui m’ait marquée avec l’idée que ça se passait en même temps que j’étais chez moi, en sécurité. Je me souviens aussi avoir trouvé ce nom beau, Kosovo. Mais finalement je réalise que je ne sais rien de ce conflit alors même que les tensions n’ont jamais vraiment disparues. Cette guerre se déroulera entre 1998 et 1999 et fera partie de ce qu’on appelle les guerre d’ex-Yougoslavie qui se sont répandues sur différents territoires entre 1991 et 2001. Cécile Roumiguière nous raconte dans ce livre l’histoire d’un petit garçon, Todor, là-bas, au Kosovo.


Quatrième de couverture : « Ton nom ? Tu viens de quel village ? Tu es Albanais ? Serbe ? Rom ? Où sont tes parents ? Les douches sont dans la tente verte, au fond à droite. Pourquoi tu ne dis rien ? Tu ne comprends pas ? Tu n’as pas de chaussures ? On t’a maltraité ? Quelle langue tu parles ?

A la recherche de son grand frère, seul dans la tourmente, Todor suit un papillon blanc. Il marche et rêve. Demain, il retournera au village ensemencer les terres ruinées par la guerre. »


Todor va voir son père fauché par les balles et sa mère enlevée, il va se cacher. Combien de temps ? Il ne saurait le dire car face à la cruauté et au coeur brisé le temps n’a plus le même sens, la même réalité. Son grand-père va lui dire de partir. Son frère est en ville, il doit le retrouver et se mettre à l’abris. Fuir son foyer. Fuir les ruines. Fuir la mort alors qu’il n’est qu’un enfant. Le lecteur va suivre cette fuite sans bagages, des routes aux camps de réfugiés puis sur la piste de ses proches.

Ce texte court dit beaucoup, il dit le choc mais aussi l’appel de l’espoir porté par un papillon blanc qui devient compagnon. Il dit les mains tendues et la confiance en l’autre qui doit se reconstruire. Il dit la force de l’enfance à croire aux lendemains, pour reconstruire un pays qui manque à la seconde où l’on s’en éloigne, mais qui doit se construire avec des fantômes. En peu de mots Cécile Roumiguière dit beaucoup « avec l’idée absurde et vitale de réparer les tissus des histoires déchirées« . Une idée pas si absurde, une idée pleine de cœur qui ne peut se résoudre à oublier les enfants victimes des guerres, dont certains arrivent à passer les frontières, dont d’autres sont assassinés par les guerres des adultes. Ce sont ces guerres et les idées qui les alimentent et en creusent l’appétit qui sont absurdes.

Je vous invite à découvrir les illustrations de Léa Djeziri, pleines de force mais aussi de poésie quand c’est possible. Un travail graphique qui m’a beaucoup impressionnée dans la justesse de son ton et la complémentarité qu’il construit avec le texte.

Aujourd’hui, les tensions font toujours partie des réalités du pays. Ce roman appelle la jeunesse à être vigilante et dénonce avec des mots simples – mais pas simplistes – la guerre à travers les yeux d’un enfant.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Moka – Au milieu des livres • D’une berge à l’autre • La bibliothèque de Noukette • Mille et une frasques


 

Et vous, quels livres conseilleriez-vous pour mieux comprendre ce conflit ?

3 commentaires

    1. C’est exactement ça, une incompréhension de l’enfance face à des actualités violentes mais difficiles à appréhender. Tout simplement parce que la guerre, j’ose encore le croire, n’est pas naturelle, n’est pas logique ou évidente pour les yeux des enfants.

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