❤ 👁 « Et pourtant elles dansent… » de Vincent Djinda (Des ronds dans l’O, 2019)

Ce roman graphique rend compte d’une année de l’auteur passé aux côtés de femmes ayant fui leur pays et demandant l’asile en France. Les entretiens, les parcours de vie, les raisons des départs, les regrets, les inquiétudes, les blessures, celles qui ont réussi à cicatriser et celles qui resteront ouvertes, voilà ce que nous propose Vincent Djinda en restituant la parole des femmes, en créant un prolongement de l’espace d’expression libre qu’est la précieuse association Femmes en Luth de Valence.


Quatrième de couverture : « Marie-Noëlle, Denise, Asyath, Odile, Lizana, Emina ou encore Augustine et d’autres, toutes femmes réfugiées en France, se retrouvent à l’association Femmes en Luth à Valence et se sont confiées sur les raisons qui les ont contraintes à quitter leurs pays, souvent pour leur survie, laissant parfois leurs proches et leurs biens derrière elles. Portant le poids d’une culpabilité qui ne les quittera pas, elles évoquent les violences subies, les tortures au travers de leurs témoignages, affichent leur courage et transmettent malgré tout un message de paix. Elles chantent, dansent, peignent et sourient ! Seul homme présent dans l’association, Vincent Djinda les a accompagnées durant une année. »


Au départ j’ai un peu de mal à comprendre la structure des dialogues car Vincent Djinda s’efface pour laisser l’espace aux femmes. Cela fait qu’en fonction des réponses on imagine les questions, on imagine les échanges mais on nous donne uniquement à voir et à lire les expressions des femmes et leurs mots. Il n’y a aucun parasitage (même bienveillant) en dehors des pensées, des avis et des témoignages. A leur côté il y a aussi Odile qui gère l’association et suit les dossiers de demandes d’asile et d’aides auprès de l’État français. Elle est une bouée de secours dans l’océan administratif qui ne tient pas compte des réalités des personnes qui arrivent sur le territoire. Elle est aussi un peu une maman ourse, qui sait quand rassurer et quand secouer un peu pour le bien des femmes qui perdent espoir, qui perdent patience. Car le chemin est long et les désillusions nombreuses. C’est aussi cette difficulté à être en règle que Vincent Djinda restitue, la pauvreté, les chambres d’hôtel réservées pour une poignée d’heures avant de retourner dans le froid, la séparation d’avec les proches, les emplois plus que précaires qui usent la santé mais qui restent mieux que rien.

J’ai particulièrement apprécié (si l’on peut dire) que ce roman graphique donne une place importante à l’expression des violences spécifiques qui sont faites aux femmes. Ces violences sexuelles dont on ne dit pas toujours le nom et la réalité, qui sont non seulement subies sur la route de l’exil mais aussi sur le territoire français. Cet aspect est l’une des grandes forces de ce roman graphique car il fait la place aux mots sur ce qui est la blessure la plus intime qui soit, que l’on cache, qui devient trop souvent une honte familiale que la victime doit assumer et qui reste une arme de guerre dans de trop nombreux pays où le sexe et le ventre des femmes sont aussi des espaces à conquérir et à ravager pour les bourreaux.

Mais ce que Vincent Djinda montre aussi, c’est la force de ces femmes qui avancent un pas après l’autre, qui se relèvent quand elles tombent et qui ne baissent pas les bras, si ce n’est pour les lever ensuite encore plus haut. C’est la résilience et la force pour une lutte juste : pour la survie, puis pour la vie. Alors, ensemble elles créent et se soutiennent. Alors, ensemble elles sont plus fortes.

Ce livre fait désormais partie de ceux que je range parmi les nécessaires de par son humanité, son respect et sa transparence. Un travail remarquable qui efface les frontières et qui devrait être lu par le plus grand nombre à l’heure où les nationalismes salissent l’humanisme de leur bave acide.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : L’accro des bulles


 

Et vous, quels témoignages de femmes souhaitez-vous partager ?

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