« Un monstre et un chaos » de Hubert Haddad (Zulma, 2019) #RL2019

Décidément, cette rentrée était pleine d’attentes et de nouveautés de grands auteurs contemporains. Hubert Haddad était en excellente place dans ma liste à lire absolument cette fin d’été. Chaque nouveau roman de cet auteur est un évènement et, heureusement pour nous, son imaginaire et sa langue poétique puisent à une source intarissable.


Quatrième de couverture : « Lodz, 1941. Chaïm Rumkowski prétend sauver son peuple en transformant le ghetto en un vaste atelier industriel au service du Reich. Mais dans les caves, les greniers, éclosent imprimeries et radios clandestines, les enfants soustraits aux convois de la mort se dérobent derrière les doubles cloisons… Et parmi eux Alter, un gamin de douze ans, qui dans sa quête obstinée pour la vie refuse de porter l’étoile. Avec la vivacité d’un chat, il se faufile dans les moindres recoins du ghetto, jusqu’aux coulisses du théâtre de marionnettes où l’on continue à chanter en sourdine, à jouer la comédie, à conter mille histoires d’évasion.

Hubert Haddad fait resurgir tout un monde sacrifié, où la vie tragique du ghetto vibre des refrains yiddish. Comme un chant de résistance éperdu. Et c’est un prodige. »


Dense, difficile et complexe, je crois que ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit en refermant ce roman. Puis, plus lumineux, est arrivé l’adjectif humain. Immensément humain dans la douleur mais aussi dans la force de vie, dans la résistance à pas défiants de chat. J’ai particulièrement aimé l’utilisation du yiddish, langue assassinée temporairement ressuscitée, qui se comprend parfois rien qu’à sa musique. Qui n’entend pas la tendresse dans un mot comme kendele ? Petit nom pour un enfant rapide comme un ketsele*.

Mais c’est une histoire éprouvante que Hubert Haddad nous propose, celle de la déferlante nazie sur l’Europe de l’Est, de la destruction des shtetl, des massacres, des viols, des déplacements forcés des populations vers des cerceuils à ciel ouvert. Ce ciel immense dans lequel passent les oiseaux chantants, sous lequel l’humanité est niée, et duquel les survivants seront déportés vers d’autres chaos encore.

Dès le début du récit Alter, jeune garçon de 9 ans, va être confronté à la monstruosité de l’homme assoiffé de sang, affamé de haine. Lui, né avec son frère en miroir, est coupé en deux. Lui dont le nom n’était pas un présage victorieux est le seul à pouvoir continuer la lutte pour la survie. Le monde de la nuit et du silence des aïeux va l’accueillir, au risque de le voir s’y perdre. L’art et l’imaginaire seront sa réponse à la violence du monde et à la brutalité de ses souvenirs. Donner la vie.

Hubert Haddad égrenne le temps, ce temps interminable subit par les hommes, femmes et enfants enfermés dans le ghetto. Ce temps insupportable qui va de paire avec le froid, la faim, la soif et la perte de l’espoir. Mais chaque soir, grâce aux pouvoirs des artistes, la vie culturelle renaît de ses cendres et apporte émotions et espoirs au public exténué par la déshumanisation. Une déshumanisation sur laquelle le roi Chaïm (Rumkowski) portera un regard particulièrement ambivalent, une sensibilité hypocrite, davantage porté sur son orgueil et sa recherche de pouvoir que vers une compassion combattante. Et cet aspect culturel est essentiel : il y a eu de la création dans les ghettos et dans les camps, faite malgré les conditions, malgré les risques et en résistance à la réalité crue, même si elle ne va pas souvent de paire avec la survie.

Un immense hommage aux patrimoines disparus, aux cultures traumatisées, aux innocences dévastées, aux enfances volées et à « ceux que la terre recouvre, les hommes et les femmes partis sans comprendre avec leurs valises vides ». Une lueur plus grande que la nuit qui appelle à la viligance encore aujourd’hui.

*Si je ne me trompe pas, il s’agit du surnom donné par un père à son fils dans « Un petit nuage : Pologne 1942 » de Patrick Tillard et Barroux (Kilowatt, 2010)

Mille mercis aux éditions Zulma pour avoir eu la gentillesse de m’envoyer ce roman en avant-première et mille mercis à Hubert Haddad pour sa dédicace qui m’a beaucoup touchée.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué :


 

Et vous, de quoi était composée votre liste de livres à lire à tout prix en cette rentrée ?

Commentaires

2 comments on “« Un monstre et un chaos » de Hubert Haddad (Zulma, 2019) #RL2019”
  1. alexmotamots dit :

    Il faut en effet s’accrocher pour lire ce roman. Je me suis demandée en le refermant qui était vraiment le personnage principal.

    Aimé par 1 personne

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