« Pourquoi tu danses quand tu marches ? » de Abdourahman A. Waberi (JC Lattès, 2019) #RL2019

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Abdourahman A. Waberi nous livre son récit le plus intime en revenant sur son enfance à Djibouti pour répondre à la question de la fille de son alter-ego littéraire : Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? Une réponse qui vient tisser de nombreux souvenirs de l’enfance jusqu’à la construction d’un homme porteur d’une force optimiste.

Quatrième de couverture : « Un matin, sur le chemin de l’école maternelle, à Paris, une petite fille interroge son père : Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? La question est innocente et grave. Pourquoi son père boite-t-il, pourquoi ne fait-il pas de vélo, de trottinette… ? Le père ne peut pas se dérober. Il faut raconter ce qui est arrivé à sa jambe, réveiller les souvenirs, retourner à Djibouti, au quartier du Château d’eau, au pays de l’enfance. Dans ce pays de lumière et de poussière, où la maladie, les fièvres d’abord puis cette jambe qui ne voulait plus tenir, l’ont rendu différent, unique. Il était le gringalet et l’avorton mais aussi le meilleur élève de l’école, le préféré de Madame Annick, son institutrice venue de France, un lecteur insatiable, le roi des dissertations.

Abdourahman Waberi se souvient du désert mouvant de Djibouti, de la mer Rouge, de la plage de la Siesta, des maisons en tôles d’aluminium de son quartier, de sa solitude immense et des figures qui l’ont marqué à jamais : Papa-la-Tige qui vendait des bibelots aux touristes, sa mère Zahra, tremblante, dure, silencieuse, sa grand-mère surnommée Cochise en hommage au chef indien parce qu’elle régnait sur la famille, la bonne Ladane, dont il était amoureux en secret. Il raconte le drame, ce moment qui a tout bouleversé, le combat qu’il a engagé ensuite et qui a fait de lui un homme qui sait le prix de la poésie, du silence, de la liberté, un homme qui danse toujours. »

Si les souvenirs ne sont pas toujours heureux Abdourahman A. Waberi impressionne par son humour réparateur et par sa force de caractère qui l’a toujours poussé à oser aller plus loin. Son enfance, ici retracée en autofiction, se fond dans l’histoire de Djibouti, qui n’a été indépendant qu’en 1977. Un témoignage du colonialisme en même temps que de la vie dans son quartier, l’expression du fossé entre deux mondes mais aussi des ponts que l’auteur réussira à emprunter avec ses qualités de conteur et d’écrivain en devenir, grâce aussi à son appétit insatiable de lecteur.

Abdourahman A. Waberi nous parle aussi de la famille à travers cette autofiction : d’une mère inquiète de la santé fragile de son fils et dont l’amour était difficile à donner ; d’un père dont l’activité professionnelle périclitait ; d’une grand-mère solide, intransigeante mais aimante, son radeau, son phare, son port. Une femme qui voyait et comprenait au-delà de son regard fatigué. Et les autres enfants, cruels parfois, le caïd du quartier qui blessera de façon irréversible le jeune garçon. De cette jambe qui, un jour, ne le portera plus. Des conclusions médicales. De ce qui aurait pû être fait, n’a pas été fait, de ce dont demain sera fait. S’adapter, faire face, avancer toujours un peu plus loin malgré les moqueries et le harcèlement des autres. Je vous l’ai dit : impressionnant.

Page après page, le lecteur a l’impression que le ton prend de l’assurance et précise un peu plus les souvenirs. Comme si la première page s’adressait à une enfant et la dernière à une adolescente. Comme si la réponse mûrissait avec le temps, parce qu’on ne peut pas tout dire à tout âge mais ouvrir des chemins à emprunter plus tard. Tendre et combatif (ce n’est pas forcément antinomique), une jolie découverte qui m’a incitée à acquérir plusieurs autres romans de Abdourahman A. Waberi.

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