👁 « Élégies du 4 juin » de Liu Xiaobo (Gallimard, 2014)

Impossible de parler de la Chine contemporaine sans parler de Liu Xiaobo. Et impossible de parler de ce recueil de poèmes de Liu Xiaobo sans en connaître plus sur cet homme. J’ai donc découvert avec beaucoup de plaisir et d’émotion le documentaire réalisé par Pierre Haski. Après ça, je le voyais à la lecture, je comprenais certaines choses. Le besoin permanent de vérité, de reconnaissance et de justice.


Quatrième de couverture : « Surtout connu comme essayiste, critique et combattant pour les droits de l’homme, Liu Xiaobo est un poète à découvrir.

La vie du lauréat du prix Nobel de la paix 2010 a basculé dans la nuit du 4 juin 1989, quand les troupes de la loi martiale ont donné l’assaut au mémorial des héros du peuple, dressé au milieu de la place Tian’anmen, devant le mausolée de Mao, en souvenir des martyrs des révolutions de la première moitié du XXe siècle.

Replié sur les marches de ce lieu hautement symbolique, avec le dernier carré de citadins et d’étudiants grévistes de la faim, il a vécu dans sa chair l’écrasement sanglant du premier soulèvement pacifique de la population chinoise en faveur d’une démocratisation du système politique. La terreur de cette nuit-là ne l’a désormais plus jamais quitté.

Liu Xiaobo a choisi de maintenir à sa manière le souvenir du 4 Juin, en rédigeant, à chaque anniversaire de l’événement, un poème à la mémoire des «disparus de l’injustice». Rédigé sur vingt ans, en prison comme en liberté surveillée, l’ensemble de ces vingt élégies ne constitue pas seulement la mémoire d’un monde réduit à l’amnésie, la conscience d’un monde sans conscience, mais un hommage d’une intensité poignante à l’égard des oubliés, des sans-voix. »


La vérité, la liberté et la démocratie sont les grands combats de Liu Xiaobo. Ce sont des combats qui lui ont coûté sa liberté à plusieurs reprises avant de lui coûter la vie. Atteint d’un cancer alors qu’il est en prison, il n’a pas été pris en charge à temps pour être soigné. Ce recueil, publié trois ans avant son décès (le 13 juillet 2017), alors qu’il est encore emprisonné, est a posteriori comme un testament. Le testament d’un homme qui a refusé de se taire, tout en connaissant les risques que la parole implique, pour rester fidèle à ce qu’il est : un homme de conscience.

Chaque année qui passa dans ce livre rappelle le silence de l’État et les larmes des mères des victimes des massacres de Tiananmen du 3 au 4 juin 1989. Pour Liu Xiaobo le drame occupe le présent et ne peut s’oublier. Il lui revient en mémoire très souvent et il vit avec les fantômes de la place, les corps brisés des enfants de la nation.

On peut lire la poésie de différentes façons. Je ne suis pas bien originale, je le fais soit en silence soit à voix haute. Avec Liu Xiaobo, je n’ai pas pu faire autrement que de la déclamer franchement à voix haute (à m’en faire mal à la gorge d’ailleurs). Pourquoi ? Simplement car elle ne doit jamais être réduite au silence. Aussi car la voix et l’intonation de l’oral donne une dimension supplémentaire au texte : on prend le temps, on se trompe dans le rythme alors on recommence et on se concentre deux fois plus. Alors, les mots frappent plusieurs fois au cœur.

D’année en année, le style de Liu Xiaobo évolue mais jamais il ne perd de sa force. J’ai noté plusieurs images récurentes, notamment les yeux crevés, dont je dois encore dégager le sens précis dans la culture chinoise, mais les textes restent accessibles. La peine des mères m’a particulièrement bouleversée. Ces femmes ne peuvent pleurer sur la tombe de leurs enfants et ne peuvent vivre leur deuil car il est interdit.

Liu Xiaobo a ce besoin de parler pour les absents mais aussi pour lui, qui était là lors des manifestations pacifistes, qui était là au cours de la nuit du 3 au 4 juin 1989. Lui qui a vu, entendu, senti. Merci pour ce combat. Merci pour les morts ignorés. Merci pour les vivants qui ignoraient et dont je faisait jusqu’alors partie. Merci.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, connaissiez-vous ce Prix Nobel et son combat ?

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