👁 « Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus » d’Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 2012 / Le Livre de Poche, 2015)

Il était temps que je parle un peu d’Éric-Emmanuel Schmitt sur ce blog. Pas que je le lise beaucoup mais plutôt parce que c’est un auteur vivant culte et que j’apprécie beaucoup écouter, avant même de le lire. C’est donc avec ce roman que j’intègre l’auteur dans la thématique mensuelle. Un roman qui, après quelques recherches, est selon moi plus complexe qu’il n’y paraît.


Quatrième de couverture : « Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays qui impose l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ? L’incroyable secret de madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

Dans la veine de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, d’Oscar et la dame rose ou de L’Enfant de Noé, Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus est le sixième récit du Cycle de l’invisible. »


Madame Ming est dame pipi et le narrateur va la rencontrer de nombreuses fois lors de son séjour en Chine pour raisons professionnelles. De fil en aiguille, Madame Ming va se mettre à se confier et, en particulier, dresser des profils aussi émouvants que fantaisistes de ses dix enfants. Oui, dix. Au pays de l’enfant unique (passé à deux enfants en 2015), ça a de quoi secouer un peu le narrateur et le rendre suspicieux.

Mais, est-ce la vérité vraie qui compte ou la beauté du récit ? Et où se situe le vrai du faux dans l’esprit de Madame Ming ? Parfois, juste écouter sans se poser de questions, c’est aussi source de leçons. Ces leçons sont souvent assaisonnées de citations de Confucius. Il y a alors ce qui semble être et ce qui est.

Ce qui est, ce sont les blessures du passé qui n’ont pas été que physiques mais bel et bien psychologiques. Ce qui est, c’est le retour tendance de la pensée de Confucius, vulgarisée et parfois déformée ou mal interprétée et qui sert la République populaire Chine. Ce penseur multimillénaire a été utilisé a des fins idéologiques durant plusieurs siècles en Chine, puis, avec Mao, ses textes ont été condamnés car appartenant à la tradition, cette tradition à détruire. Depuis les années 2010, il revient en version restaurée, porté par le gouvernement qui lui associe le pouvoir d’un écran de fumée : la stabilité dans un pays instable et perturbé par de grands changements économiques.

Alors, dans tout ça, Madame Ming ? Elle renoue avec une tradition qui rassure par certains de ses aspects et qui l’aident à dépasser un passé qui ne cicatrise pas, même si c’est avec une version digest de Confucius. Son ventre est plein du vide qu’elle porte, mais ses dix enfants lui emplissent le cœur. Et n’est-ce pas ça aussi la vie, parfois : trouver et se concentrer sur ce qui nous permet d’avancer ? C’est un personnage féminin qui a traversé le 20ème siècle chinois et que nous serions mal avisés de juger, en somme.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Girl kissed by fire • Des livres, du fil et un peu de farine… • Sab’s pleasuresSab’s pleasures • Le capharnaüm éclairé • Expressionite aiguë


 

Et vous, quel est votre livre préféré de cet auteur ?

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