« On m’appelle Enfant I » de Steve Tasane (Gallimard jeunesse, 2019)

Voilà un livre de peu de pages qui peut pourtant planter dans les esprits de précieuses graines d’humanité qui ne demandent qu’à germer. Il nous parle d’un enfant, I, qui n’est pas né ici mais qui y vit désormais, qui a dû fuir son pays embrasé par la guerre mais qui n’a trouvé que la boue et la faim après un terrifiant voyage, seul.


Quatrième de couverture : « Je ne vous raconterai pas mon histoire passée, plutôt celle de ma vie maintenant, ici, au camp, en commençant par aujourd’hui. Mon histoire débute ainsi…

C’est l’histoire d’un petit garçon de dix ans, sans papier et sans famille. Il ne subsiste rien de son passé, pas même son prénom : dans le camp de réfugiés où il vit, il est l’Enfant I. Pour que son existence ait une valeur aux yeux du monde extérieur, il décide d’écrire sur son quotidien. Dans la misère du camp boueux, I rayonne de tout son optimisme et tente de faire de chaque journée une nouvelle aventure pour ses amis M, E et R.

Une véritable leçon de vie et d’humanité, un ouvrage où rayonne l’optimisme. »


Heureusement que ce petit garçon de dix ans est bourré d’optimisme car, personnellement, je l’ai un peu perdu, le mien, à la lecture de ce livre jeunesse extrêmement nécessaire. L’enfant va tout faire pour que chaque journée soit la moins difficile pour ses amis avant tout, et pour lui ensuite. Tenter d’occuper le temps qui passe et dont on ne sait que faire, tenter de se protéger de la pluie dont les coulures marrons se faufilent entre des murs qui ne protègent pas, tenter de tromper la faim en s’improvisant chasseur-cueilleur.

J’ignore ce qui est le plus terrible. Ce constat quotidien de manque ou le fait qu’arrivés dans ce pays d’accueil sans papiers, les enfants n’aient plus de nom, plus d’identité, plus de passé et donc presque plus d’espoir d’avenir. Sans leur livre de vie, leurs papiers d’identité, personne ne peut être certain qu’ils sont qui ils assurent être. Alors ils ne peuvent quitter le camp. Mais ces mineurs isolés, quels sont leurs recours ?

Le roman explore également la place de la surveillance et de la destruction du camp, de la perte de repères dans ce qui n’était que dédale de maisons faites de matériaux échoués. La perte de tout ce qui reste à ces hommes, ces femmes et ces enfants, alors qu’ils ne pensaient pouvoir perdre davantage et qu’ils avaient, malgré tout, fait renaître un foyer. Faire un bout de chemin avec I, M, E et R, c’est accepter difficilement une réalité : celle qu’aujourd’hui encore nous ne sommes pas capables d’assurer sécurité et dignité aux enfants, malgré la volonté et la conviction des bénévoles.

Un roman qui fait peut-être un mal au cœur aujourd’hui pour un bien demain. À nous, maintenant, de tendre la main au petit C si jamais nous le croisons. À nous de dire haut le nom des enfants oubliés, ces noms qui raisonnent par leur absence dans ce livre. Un livre à mettre entre toutes les mains, à partir de 10 ans.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Books And Cappuccino


 

Et vous, quels livres conseilleriez-vous sur le sujet des migrations ?

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