❤ « Heimat : loin de mon pays » de Nora Krug (Gallimard BD, 2018)

Quel coup de cœur ! Quelle lecture ! Quel travail graphique et narratif ! Quelle édition ! Bref, je le redis : quel coup de cœur pour ce roman graphique de Nora Krug !


Quatrième de couverture : « Depuis longtemps, Nora Krug ressent que le simple fait d’être citoyenne allemande la relie à l’Holocauste, lui interdisant tout sentiment de fierté culturelle. Après douze ans passés aux États-Unis, et alors qu’un non-dit plane sur la participation de sa famille à la guerre, elle part à la recherche de la vérité…

Entre bande dessinée et album photo, une enquête intime stupéfiante au cœur de l’Allemagne nazie. »


J’ai été subjuguée par ce récit, son authenticité, sa justesse et son humanité. Il représente des millions de failles familiales d’après-guerre, quand les familles allemandes ont porté une responsabilité historique alors que la culpabilité ne revient qu’aux responsables et aux acteurs de la guerre et de l’idéologie nazie.

Je suis régulièrement surprise par cette responsabilité que l’on peut faire porter aux allemands, notamment les nouvelles générations, sans que l’on se pose la question de celles des français (ou autres) et sans que l’on se questionne vraiment sur celle qu’ils portent déjà. Avoir conscience d’un passé et être garants de sa non répétition ne veut pas dire en porter la responsabilité et la culpabilité. Ce n’est pas du tout pareil. (En revanche, chacun d’entre nous est responsable dans le présent.) Mais il arrive parfois que cette conscience ait besoin de réponses en lien avec l’implication de sa propre famille.

Ce récit montre avec une grand honnêteté les difficultés rencontrées à s’affirmer culturellement allemand quand le point Godwin n’est jamais loin et quand les raccourcis et les préjugés sont encore bien présents. Non, l’Allemagne ne se résume pas au nazisme. Nora Krug illustre avec talent ces moments où son origine vaut mieux d’être cachée. Mais, ce qu’il est important de mentionner, c’est l’humour de l’auteure. Si certains passages se doivent d’être sérieux, elle distille tout au long du récit un humour qui ne peut laisser insensible et qui accroche encore plus le lecteur au récit.

Dans la grande histoire, Nora Krug va chercher à connaître les rôles joués par les membres de sa famille. Un fantôme en particulier va réveiller ce besoin : un oncle mort au combat alors que sa vie commençait à peine. Le grand frère de son père que celui-ci n’a jamais connu. Qui était-il ? Dans quoi s’était-il engagé ? Et les grands-parents dans tout ça ? Et la famille avec qui les ponts ont été coupés ?

Un récit captivant et riche qui rappelle que les postures grises sont plus courantes que les blanches ou les noires. Un livre qui vient soigner des blessures plus larges, qui vient colmater des murs fissurés, qui apporte des réponses là où les silences étaient assourdissants, qui veut une réconciliation avec une histoire familiale sans fermer les yeux sur les responsabilités et les actes commis.

Je terminerai en faisant les louanges sur le travail graphique de ce livre. C’est absolument sublime : du dessin, de la photographies, du collage, des documents d’archives… Nous sommes dans un carnet de voyage en équilibre entre le passé et le présent. C’est à couper le souffle.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Sur mes brizéesSambaBDComics Powder


 

Et vous, en avez-vous entendu parler et vous fait-il envie ?

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