❤ « Les invités » de Pierre Assouline (Gallimard, 2009)

J’ignore depuis combien de temps je dois découvrir cet auteur et ce n’est pas faute d’avoir plusieurs de ses livres, souvent en lien avec mes centres d’intérêt. J’ai commencé en 2018 Retour à Séfarad sans vraiment réussir à rentrer dedans, il est donc un peu mis de côté. Les invités m’a quant à lui très fortement accrochée.


Quatrième de couverture : « Un dîner, de nos jours, dans la grande bourgeoisie parisienne. Afin de séduire son invité d’honneur – un puissant homme d’affaires étranger – la maîtresse de maison a convié ses amis les plus remarquables. Mais à la dernière minute, l’un d’entre eux se décommande : il n’y a plus que treize convives… Comme le dîner doit commencer à tout prix, la nouvelle invitée est choisie au mépris de la bienséance. Une véritable transgression.

La quatorzième convive devient alors le grain de sable qui fait déraper la soirée. Pour l’émerveillement des uns, pour le désespoir des autres.

Tout dîner est une aventure. »


Qui est donc cette quatorzième convive ? Il s’agit de Sonia ou plutôt Oumelkheir de son véritable prénom, jugé trop difficile à prononcer par son employeure qui a trouvé plus pratique de la renommer. Ca ne vous fait penser à rien ? Oui, oui. C’est bien cela, à la ségrégation au Etats-Unis par exemple. Le principe de propriétaire se substitue alors à celui d’employeur au principe du : tu m’appartiens, je peux changer ton identité. Car oui, Oumelkheir est l’employée de maison et, pour les personnes invitées au dîner, elle est avant tout identifiée ainsi. La bonne. Alors quand elle s’installe à table sans l’avoir choisi, cela crée chez certain/es une excitation malsaine.

Tout au long du repas, Oumelkheir sera la cible de curiosités (souvent mal placées) et d’attaques. Elle trouvera cependant certains soutiens et, s’ils sont parfois maigrelets face à la bêtise, ils ont le mérite d’exister et de ne pas faire couler la principale visée. Mais, dans la bonne société il faut remettre en place avec bon goût et sans vagues, surtout quand il y va de garder un emploi qui finance des études longues et coûteuses. Nous avons juste envie de mettre un coup de pied dans la fourmilière de la diplomatie. Mais sortir du cadre pour le faire ce serait aussi faire gagner les détracteurs, et ça il n’en est pas question. Ne pas leur faire ce plaisir, plutôt les prendre à leur jeu.

Ce qui est certain, c’est que ce dîner, chacun s’en souviendra. Chaque lecteur aussi.

« Séparément, ce sont des gens de qualité… Oui, presque tous, je vous l’accorde. Mais une fois ensemble, ils deviennent parfois imbuvables. Allez expliquer ça ! Au-delà de deux, la vie en société agit comme une compétition d’ego où la surenchère révèle ce que l’âme a de plus noir. C’est bizarre… » (p. 159)

J’ai adoré ce livre car il est une critique sociale mordante, pleine de verve, de finesse et d’intelligence. Il confronte des personnes qui évoluent dans un microcosme loin des réalités à leurs stéréotypes et leurs préjugés. Lorsque l’on pense que le trait est grossi on se rend finalement compte qu’il s’agit en fait de discriminations que l’on peut croiser au coin de la rue : qu’elles soient sociales, culturelles, racistes, religieuses, etc., tout y passe !

Mais, n’allez pas croire, il y a aussi des différences et des combats entre personnes de cette société dans la société : que ce soit de fonctions, de carrières, de philosophies de vie (comprenez de la façon de dépenser son argent), de codes et références, d’arbres généalogiques.

Ce livre est un florilège de remarques déplacées remises en place (ou qui donnent envie de le faire). Merci Pierre, ça fait un bien fou et réveille notre propre mordant !

Pour en savoir plus

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les plumes qui papotent


 

Et vous, quel roman de Pierre Assouline conseilleriez-vous ?

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