👁 « Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin » d’Emilie Plateau d’après Tania de Montaigne (Dargaud, 2019)

Il m’était absolument impossible de rater cette nouveauté de début d’année ! Impossible, impensable, indiscutable ! Grâce à elle, j’ai découvert plusieurs choses : une plume graphique, une piste de lecture concernant l’auteure du texte d’origine mais aussi des questionnements que je n’avais pas encore eu concernant la place des femmes dans la lutte pour les droits civiques et l’oubli de certaines figures.


Quatrième de couverture : « Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix. Quittez le lieu qui est le vôtre, quittez le 21e siècle. Vous voici dans les années 1950 au sud des États-Unis, à Montgomery, en Alabama. Désormais, vous êtes Claudette Colvin, une jeune adolescente noire. Ici, noirs et blancs vivent dans la ségrégation. Ici, être noir c’est n’avoir aucun droit. Mais, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, qui n’a que 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche dans le bus. 9 mois avant Rosa Parks, elle devient la première noire à plaider non coupable et à poursuivre la ville en justice. »


Claudette Colvin est une jeune fille qui va dire non. Ce n’est pas Rosa Parks, c’est avant ça. Oui oui, je vous jure. Alors pourquoi ne pas nous en être souvenus ? Bonne question ! Tania de Montaigne et Emilie Plateau nous montrent l’ambiance de l’époque, les conditions et les règles pour toute personne n’étant pas blanche, établies par les personnes blanches. C’est toujours une bonne piqûre de rappel ou une bonne contextualisation pour un lecteur qui découvre le sujet.

Mais ce que nous découvrons c’est qu’être la première à refuser des lois indignes implique de ne pas pouvoir profiter du soutien d’organisations de lutte telles que nous les concevons aujourd’hui : avec poids et influence. Au départ ces forces sont forcément moindres et moins organisées. Claudette Colvin est relativement seule, de fait. Elle passe pour un cas isolé avant d’être l’une des gouttes de la vague. Il faudra que d’autres femmes disent non, dont Rosa Parks, pour que le mouvement se mette en marche et donne de la visibilité au combat.

Et là, une autre raison pointe le bout de son nez : le profil de la personne aux yeux de la société. Claudette Colvin n’a pas la situation idéale pour être une icône. Rosa Parks, quant à elle, l’a beaucoup plus (ce qui n’enlève rien à son courage). Peu à peu, si Claudette Colvin est connue dans la région, à l’échelle internationale on se souvienda uniquement des personnes que l’on aura voulu montrer, des exemples. Or, il y a égalité face à l’injustice.

Les auteures de ce texte et de son adaptation retracent à la fois l’histoire de Claudette Colvin, l’injustice de son oubli, mais aussi l’histoire de la mise en place de la lutte pour les droits civiques telle que nous la connaîtrons, en plein essor, dans les années 1960. Également, elles mettent le doigt sur un questionnement que je n’interrogeais pas jusqu’alors : la place des femmes dans cette lutte. Un questionnement sur lequel je n’ai pas encore d’avis documenté, il me manque pour cela quelques lectures complémentaires.

Visuellement efficace et au propos qui tire pas mal de fils, ce roman graphique redonne une place et un nom à Claudette Colvin et nous invite à lire davantage sur l’histoire de la ségrégation, au-delà des images connues.

Pour en savoir plus

 

Et vous, connaissiez-vous l’histoire de Claudette Colvin ?

8 commentaires

        1. Oh c’est génial ! Je pense que ça peut être une très belle rencontre ! Tu nous raconteras, hein, dis, promis ?! 😀

          Hehe, les plannings…toute une histoire… Et encore, je n’ai pas à me plaindre, je bosse à horaires fixes et je n’ai pas d’enfants. Mais pourtant, je ne comprends pas comment les heures peuvent filer aussi vite. Il y a une faille dans la matrice j’vous dis ! ^^

          Aimé par 1 personne

          1. Je ferai sûrement un article sur Rue des Livres, oui !
            Et je n’ai plus d’enfants à la maison, mais ce n’est pas pour autant que les journées rallongent… C’est ça, sûrement un pb dans la matrice. J’espère qu’on aura pas de problèmes à l’évoquer publiquement 😂🤣😂

            J’aime

  1. J’ai vu passer cette BD, tu es la première dont je lis la chronique. Ca confirme ce que je pensais. J’aime l’idée de découvrir un morceau du passé resté dans l’ombre, surtout quand il s’agit d’une femme ! J’ai encore plus envie de lire cette BD maintenant ^^

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s