👁 « Fagin le Juif » de Will Eisner (Delcourt, 2004)

J’ai énormément apprécié ce roman graphique qui rappelle, en plus de conter la possible histoire personnelle de Fagin, que les auteurs et autres influenceurs (si on veut le rendre très contemporain) ont une responsabilité vis-à-vis de leurs publics quant aux stéréotypes qu’ils peuvent véhiculer.


Quatrième de couverture : « Le Juif Fagin, tel que l’a décrit Dickens dans Oliver Twist, est l’un des méchants les plus mémorables de la littérature anglaise. Mais alors que l’auteur se défendait de tout antisémitisme, il créait avec ce personnage le parfait modèle du Juif exploiteur. Un cliché qui aura la vie dure.

Avec l’humanisme et la finesse qui le caractérisent, Will Eisner a voulu montrer qu’aucun individu ne peut se réduire à un stéréotype. Il a imaginé la vie qu’a pu mener Fagin, les épreuves douloureuses qui ont fait de lui une victime, comme tous les pauvres de Londres.

Une œuvre salutaire, mais aussi une lecture passionnante, par l’un des maîtres de la bande dessinée mondiale. »


Je n’ai pas lu Oliver Twist, je l’avoue. Mais ce roman graphique n’en reste pas moins abordable car Will Eisner est toujours là pour nous donner les informations nécessaires à la compréhension. Une partie du texte est inventée par l’auteur afin de montrer la vie qu’aurait pu avoir Fagin, issu d’une famille juive d’Europe de l’Est émigrée en Angleterre. De la difficulté de s’intégrer dans une société où la pauvreté fait rage et ravages, Fagin va vivre une vie façonnée de désillusions et de violence, notamment en passant par le bagne.

Will Eisner rappelle avec justesse que la rue et la pauvreté appelle aux petits trafics, que la survie demande parfois de s’arranger avec la loi. Il n’est en aucun cas de savoir si le receleur ou l’accusé est Juif ou d’une autre religion, ce qu’il demande de regarder en face c’est la pécarité de la vie des quartiers pauvres de Londres et que chacun, dans cettte situation, est amené à faire des choix pour manger.

Fagin en aura pris plein la tronche sur le sol anglais et dans ses colonies. De retour à Londres, il ne fera peut-être pas les bons choix, certes, mais ce sont des choix personnels qui ne demandent pas à être couverts du dénominateur Juif plutôt que du nom du personnage. Si l’histoire est en effet passionnante et déroutante de tant de malchance et d’actes manqués, Will Eisner reproche surtout le stéréotype construit avec le personnage de Fagin, qui fut par la suite tenace.

La dernière partie du roman graphique confronte Fagin à Charles Dickens et je l’ai vraiment trouvée remarquable. Will Eisner en appelle à la vigilance de chacun (et à la sienne aussi, car il reconnaît certains torts) de ne pas construire des stéréotypes qui alimenteraient des préjugés pour de longues années – ici concernant l’antisémitisme mais ce principe vaut bien entendu de manière générale. En fin d’ouvrage, l’auteur nous propose également des exemples d’illustrations faites de personnages juifs des 18ème et 19ème siècles : une démonstration magistrale.

« Un Juif n’est pas davantage Fagin qu’un gentil n’est Sikes ! » (p. 114)

En un mot, ce livre hybride est passionnant tant par l’histoire de Fagin que j’ai adoré découvrir que par le propos toujours présent en filigrane qui appelle à la responsabilité des auteurs. Remarquable.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La Case de l’Oncle Will


 

Et vous, avez-vous lu Oliver Twist de Charles Dickens ?

3 commentaires

    1. Je l’ai découverte avec ce roman graphique car je n’ai pas non plus lu Oliver Twist, mais la portée du propos étant plus large que ce livre et j’ai trouvé cela très intéressant. 🙂

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