Merci à Lou du Blog à Cocotte de m’avoir donné envie de découvrir ce livre qui m’a vraiment beaucoup touché et que je mettrais à côté de celui de Raphaël Jerusalmy pour Les obus jouaient à pigeon vole. Pas forcément pour le style de l’écriture, quoi que les deux soient magnifiques, mais pour le rythme, la saccade des mots et des événements.

9782742745999« Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : l’homme-cochon. À l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l’immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes. »

Ce livre est parfait comme entrée en matière sur la Première Guerre mondiale du point de vue des soldats. Il donne la part belle à plusieurs poilus, qu’ils soient dans les tranchées depuis longtemps ou qu’ils soient de la relève, qu’ils soient gradés ou non, qu’ils sortent entier des assaults ou qu’il soient blessés, qu’ils soient sur le front,qu’ils repartent temporairement à l’arrière ou qu’ils soient en permission : la parole leur est donnée, même si elle sort de l’esprit de l’auteur.

Ce qui est montré, c’est que chacun à son niveau est victime de la guerre et qu’elle ne se cantone pas aux champs de bataille. Que la mort n’est pas juste quand elle frappe, elle frappe et puis c’est tout, elle a faim et mange sans jamais ressentir de satiété. Les hommes se soutiennent, se maintiennent hors de la boue et de la peur, mais toujours sous le niveau de la terre, sauf pour courir vers la tranchée d’en face, sur ces quelques mètres qu’il faut regagner coûte que coûte. La tranchée d’en face qui ne vaut pas toujours le prix payé. Et la gazé, qui tente de reprendre l’énergie suffisante pour sortir de son trou d’obus, mais dont les poumons sont foutus d’avoir voulu le faire vivre en respirant l’air de trop.

J’ai particulièrement aimé le personnage de Jules qui, partant en permission, ne peut se résoudre à arriver à Paris, pas aussi simplement qu’en train. C’est impossible. La guerre ne peut pas être aussi proche de la ville, qui regorge de belles femmes, ces femmes qu’il ne se sent plus capable de toucher avec son corps vieux avant l’âge et ses mains de tueur. Loin du front, il continue à entendre ses camarades qui crient. Se libérer de ces cris, comme se libérer des hurlement de l’homme cochon dans les tranchées, c’est tâcher de guérir son esprit qui ne tient plus le coup, qui ne supporte plus la boucherie, qui est trop plein des pleurs de ses frères.

Mais, loin des combats, les hommes sont-ils prêts à entendre ? Et, au front, les hommes sont-ils prêts à obtenir le grade qui les attend, celui de morts pour la France ?

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