Ce roman graphique m’a absolument subjuguée ! J’en suis restée pensive un bon moment, de la boue et de la pluie plein la tête, des extraits de phrases, des mots en résonance dans l’esprit. Une claque.

9782203168657« Ce serait un crime de montrer les beaux côtés de la guerre, même s’il y en avait.

TAC ! TAC ! BAOUM ! BAOUM ! Les coups de fusils, la canonnade autour de moi. Partout ça crépite et ça roule, longues rafales et coups séparés. Sombre et flamboyant orage qui ne cesse jamais. Je suis enterré au fond d’un éternel champ de bataille. Depuis quinze mois, depuis mille cinq cents jours, du soir au matin sans repos, du matin au soir sans répit. La fusillade, le bombardement ne s’arrêtent pas. Comme le TIC-TAC des horloges de nos maisons, aux temps d’autrefois, dans le passé quasi légendaire. On n’entend que cela lorsqu’on écoute. TAC ! TAC ! BAOUM ! BAOUM !

L’horreur de la Première Guerre mondiale transposée dans le camp ennemi, c’est ce que Joe Pinelli tente de nous faire toucher du doigt en adaptant du côté allemand Le Feu, d’Henri Barbusse, écrivain qui a servi dans les tranchées. »

Feuilleter les premières pages

Je ne suis pas à jour dans ma lecture des grands classiques sur la Grande Guerre, dont les titres de tête que je dois lire sont : À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, Ceux de 14 de Maurice Genevoix, Les croix de bois de Roland Dorgelès et Le Feu d’Henri Barbusse. Et c’est de ce dernier que Patrick Pécherot et Joe Pinelli nous proposent une adaptation libre et graphique en plaçant le récit du point de vue allemand. Un positionnement qui rappelle que de chaque côté du front ce sont des hommes qui combattent et qu’ils ressentent la même peur, la même douleur, la même mort au cœur des entrailles.

C’est dans un désert de boue que nous suivons les hommes d’un régiment, qui creusent la terre molle et gluante, imbibée d’une pluie qui semble ne jamais cesser. Ces hommes, ils se découvrent tous différents et en même temps tous pareils : rien. Ce rien remplaçable car il reste toujours des vivants pour venir combler les morts, ce rien car chacun d’eux se perd dans des chiffres finaux impossibles à concevoir vraiment. Rien, car derrière la boue et entre les rideaux de pluie, la singularité de soi disparaît : tu es soldat, tu es chair à canon, tu es là et tu perds l’esprit comme tu glisses sur les cadavres embourbés.

« La bêtise et l’oubli sont des péchés et des crimes. Le silence n’aura d’autre conséquence que la répétition des événements. » (p. 205)

Ce roman graphique est une complainte, un chant d’honneur par ceux qui ne verront peut-être pas demain. Une rébellion par les mots, un regard vrai sur la situation, alors que les pieds continuent de chercher leur objectif : la tranchée.

Les illustrations sont à vous dégouter de la pluie, pleines de boue, d’eau, étouffantes. Les terres abîmées se fondent aux corps dévastés, les deux ne font plus qu’un. Un livre en noir et blanc, surtout en gris, qui impressionne autant par les détails et le réalisme de certains passages, que par la constance de l’ambiance étouffante. Je suis littéralement impressionnée et touchée par ce livre qui se révèle être une grande découverte pour cette fin d’année !

« La voici la guerre qui viole le bon sens, qui avilit les grandes idées, hideuse au moral comme au physique, la guerre qui commande tous les crimes. » (p. 201)

Pour en savoir plus

 

Et vous, quelle bande dessinée conseilleriez-vous sur ce sujet ?

 

Publicités