❤ « Sauvages » de Nathalie Bernard (Thierry Magnier, 2018)

J’étais impatiente de découvrir ce roman jeunesse et j’ai juste pris une claque ! Nathalie Bernard nous propose un roman sans concession sur les internats pour jeunes indiens qui furent en activité au Canada jusqu’à la fin des années 90. Impressionnant de cruauté, un véritable génocide culturel niant entièrement les droits de l’enfant et la dignité humaine. Des internats, dirigés par des bourreaux et des complices aux yeux fermés.


Quatrième de couverture : « Jonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté.

Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures. D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné. En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’Indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt.

À travers ce destin, Nathalie Bernard nous parle de ces pensionnats autochtones qui ont existé au Québec jusque dans les années 1990 et qui ont « accueilli » des milliers d’enfants brutalement arrachés à leur culture indienne.

Entre roman historique et thriller, l’auteur nous entraîne dans une course effrénée au cœur des immenses forêts québécoises. Une chasse à l’homme qui ne possède que deux issues : la liberté ou la mort. »


C’est une histoire dont les témoignages sortent avec puissance et résonance depuis quelques années, particulièrement sur les ondes européennes, et dans la littérature depuis quelques mois. La reconnaissance des victimes est en cours mais les blessures ont du mal à cicatriser et pour cause, c’est l’horreur que ces enfants, arrachés à leurs familles et victimes de sévices, ont connu.

Dans ce roman, nous suivons Jonas qui est presque arrivé au terme de son épreuve de l’internat. Cette institution qui veut tuer l’Indien dans l’enfant. Mais les derniers jours ne vont pas se passer comme prévu, plus possible de garder son poing dans sa poche avec les événements qu’il va vivre et ce qu’il va découvrir. L’heure de la rébellion et de la fuite a sonné. L’heure de la vengeance est arrivée. Elle aurait pu être évitée, cette vengeance, si l’oppresseur l’avait laissé filer. Mais non, c’est une chasse à l’homme qui s’organise. Quoi que, une chasse à l’Indien, au sauvage, c’est différent pour les chasseurs aveuglés par la haine et le racisme.

« Je savais que les chasseurs ne nous lâcheraient pas. D’abord, c’était dans leur nature de prédateurs. Ensuite, ils nous détestaient viscéralement. Quand je dis nous, je parle des Indiens en général. Moi, j’étais un Cri, Gabriel un Inuit, mais pour eux on était juste des sauvages. Il s’agissait d’un racisme primaire, un instinct grégaire profondément installé dans leurs cellules. De père en fils, ils se transmettaient ce genre de pensée absurde : Mon groupe est supérieur au tien. Il mérite davantage cette terre que ton groupe. Pour cette seule raison, nous devons tout faire pour t’éliminer. » (p.229)

Je disais sans concession et je dois reconnaître qu’un passage en particulier a été difficile à lire pour moi. Je tiens à prévenir que le viol n’était pas rare dans ces internats et les témoins ne font que le confirmer. Personnellement, c’est toujours une épreuve de faire face à ce genre de scènes. Mais Nathalie Bernard en parle aussi sobrement que possible, l’acte en lui-même étant assez ignoble pour ne rien devoir ajouter. J’ai trouvé le ton juste tout au long du roman et me suis attachée aux différents personnages, chacun coincé dans la peur, comme dans une cellule aussi physique que psychologique.

La beauté des passages de retour aux sources, les capsules sensorielles entre Jonas et sa mère, l’explication des rites, ce sont des bouffées d’air frais dans les cœurs et dans le scénario. Des passages aussi bénéfiques pour le personnage principal que pour le lecteur. On souffle, on récupère et on repart affronter l’impensable.

Une réussite puissante et engagée, qui invite à se questionner sur des pratiques qui datent d’hier, qui ont trop été passées sous silence et qui ne doivent plus être tues, ignorées ou perpétrées où que ce soit. Un texte clair, direct, vif tout autant qu’il est respectueux et parfaitement mesuré pour des lecteurs adolescents.

Pour en savoir plus

Et vous, connaissez-vous un roman sur ce sujet à conseiller ?

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