Voici encore un livre qui m’a tapé dans l’œil en début d’année par sa couverture magnifique, son titre étonnant et sa quatrième de couverture intrigante. Ce fut une entrée en poésie qui m’a fortement marquée et que j’ai pris plaisir à relire pour ce mois consacré à la Première Guerre mondiale.

9782330090654

« 1916 : tranchée de première ligne, au lieu dit le Bois des Buttes. Le 17 mars, vers seize heures, le sous-lieutenant Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, engagé volontaire surnommé Cointreau-whisky, est atteint à la tempe par un éclat d’obus. Un cruel compte à rebours retrace les vingt-quatre heures précédant l’impact.

La camaraderie, la trouille, les infimes moments de calme, la musique des bombes, une odeur qui surgit dans le soir, la faim, la paix qu’on attend, la mort qui vague, le souvenir de l’amour… – c’est cette curieuse alchimie que saisit le récit de Raphaël Jerusalmy, montrant Apollinaire, l’artiste, le combattant, le soldat de l’art, traquant la poésie jusque dans la bataille.

La guerre pourrait au moins servir à ça : vivre chaque minute comme si demain n’existait pas, écrire chaque ligne comme si c’était la dernière. »

Raphaël Jerusalmy réussit le tour de force d’amener de la poésie dans les tranchées sans en atténuer l’horreur. Car la poésie est aussi nourrie du pire, elle est aussi là pour montrer, décrire et regarder de plus haut la réalité.

L’écriture est superbe et le récit prend vie, nous nous sentons dans les boyaux en compagnie de Guillaume Apollinaire, poète ayant choisi de s’engager au combat et dont le décompte des heures le séparant d’un impact qui le blessera à la tête commence. Il n’en mourra pas, c’est la grippe espagnole qui l’emportera en 1918, mais la mort est présente. Elle rafle les innocents, attend de prendre les autres. Elle veille.

C’est la vie dans les tranchées que nous suivons sur deux journées, avec ses personnages attachants et les peurs de chacun d’entre eux. Apollinaire, lui, cherche et élabore ses mots. La guerre, pour lui, est aussi affaire de poètes et elle exerce sur lui un attrait étonnant. Mais elle le déçoit aussi un peu, cette guerre faite d’attentes interminables et d’habitudes. Les camarades apportent leurs mots qui viennent nourrir la réflexion d’Apollinaire, ils apportent leur souffle et leur histoire, ils sont des repères : parler éviterait de devenir fou.

Un texte d’une grande beauté qui rend hommage aux hommes anonymes qui ont fait face à la Grande guerre ainsi qu’au poète, qui aura gagné l’immortalité.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Le dit des mots • L’art et l’être • A les lire


 

Et vous, quel livre de Raphaël Jerusalmy recommandez-vous ?

Publicités