👁 « La question » d’Henri Alleg (Éditions de Minuit, 1958 réed. 2000)

Difficile de traiter un sujet comme la guerre d’Algérie sans lire un livre traitant de la torture. Difficile de lire sur la torture sans lire La question d’Henri Alleg, qui fut l’un des premiers témoignages de cette pratique d’interrogatoire.


Quatrième de couverture : « La première édition de La question d’Henri Alleg fut achevée d’imprimer le 12 février 1958. Des journaux qui avaient signalé l’importance du texte furent saisis. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l’après-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d’instruction auprès du tribunal des forces armées de Paris, saisirent une partie de la septième réédition de La question. Le récit d’Alleg a été perçu aussitôt comme emblématique par sa brièveté même, son style nu, sa sécheresse de procès-verbal qui dénonçait nommément les tortionnaires sous des initiales qui ne trompaient personne. Sa tension interne de cri maîtrisé a rendu celui-ci d’autant plus insupportable : l’horreur était dite sur le ton des classiques. La question fut une météorite dont l’impact fit tressaillir des consciences bien au-delà des chers professeurs, des intellectuels et des militants. A l’instar de J’accuse, ce livre minuscule a cheminé longtemps. »


Malgré son interdication de publication, ce livre connaîtra un grand succès grâce aux voies de diffusion non officielles. Henri Alleg est arrêté et torturé en 1957. Il était alors directeur du journal quotidien Alger Républicain, interdit de publication en 1955, et publiait dans L’Humanité. Favorable à l’indépendance algérienne, il sera transféré au centre de tri d’El Biar, avant d’être envoyé dans un camp. C’est ce moment de détention qui est relaté dans La question.

La question des bourreaux rythme les coups et les sévices infligés à Henri Alleg. Ils sont physiques mais aussi psychologiques. Et l’on oublie souvent ces blessures car elles ne se voient pas et sont difficiles à prouver. Face aux descriptions précises nous prenons des coups de massue. Quand cela va-t-il s’arrêter ? Le doute plane toujours et les bourreaux reviennent à la charge. Les réponses ne viennent pas, c’est la famille que l’on menace. La torture est devenue une routine pour ceux qui la pratiquent et l’on découvre avec terreur les commentaires de certains hommes assistant à la scène, elle peut aussi devenir un divertissement, à l’instar d’un moment sportif. Effroyable.

Ce témoignage, écrit immédiatement après sa détention à El Biar, existe pour que les actes ne tombent pas dans l’oubli, pour contrer l’impunité, de mise à l’époque, et pour que la négation des droits de l’homme et de la dignité humaine ne reste pas sans réponse.

Ce livre est la réponse à la question, mais la réponse n’est peut-être pas du goût des bourreaux. En tout cas, elle donnera des pistes sur l’assassinat de Maurice Audin, lui aussi passé par ce centre de tri.

Une claque historique et humaine.

Je tiens cependant à souligner aussi l’existence de personnes qui refusèrent la pratique de la torture au sein de l’armée, à l’image du général Jacques Pâris de Bollardière. Que son engagement ne soit pas oublié.

Pour en savoir plus

 

Et vous, est-ce un livre que vous voudriez découvrir ?

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