« Nous n’irons pas voir Auschwitz » de Jérémie Dres (Cambourakis, 2011)

Je suis tombée sur ce roman graphique par hasard mais autant dire que sa quatrième de couverture a tout de suite fait mouche ! Et que dire de cette préface de Jean-Yves Potel, correspondant du Mémorial de la Shoah en Pologne, si ce n’est qu’elle a clairement donné le ton de cette oeuvre d’entrée de jeu : entre la réalité de la Shoah en Pologne et les nouvelles générations qui reviennent interroger les vides familiaux, engageant le dialogue et faisant tomber autant que possible les stéréotypes qui collent à la peau de ce pays.


Quatrième de couverture : « Nous n’irons pas voir Auschwitz est le premier roman graphique de Jérémie Dres. À la recherche de leurs origines, l’auteur et son frère partent en Pologne sur les traces de leur grand-mère décédée. Cette quête familiale leur permettra de rencontrer la communauté juive polonaise d’aujourd’hui et de mesurer son renouveau. A travers une multitude de rencontres, avec la jeune génération d’artistes polonais à Varsovie, avec un rabbin progressiste américain ou encore avec l’historien Jean-Yves Potel, c’est une image moderne et contrastée de la nouvelle communauté juive de Pologne qui émerge de ce récit intimiste.

Au-delà d’un simple travail de mémoire, ce que les deux frères vont découvrir va profondément enrichir leur identité, faire la lumière sur les relations judéo-polonaises et interroger les préjugés, notamment d’antisémitisme, qui ont pu leur être transmis durant leur enfance. De Paris à Varsovie, entre recherche identitaire et enquête documentaire, Jérémie Dres dresse avec un ton plein de justesse et de drôlerie un portrait de la communauté juive de Pologne. Par son aspect documentaire, ce roman graphique original aborde avec une perspective inédite, toute en finesse, des problématiques peu traitées par la bande dessinée contemporaine : le rapport à l’avenir de la communauté juive de Pologne, à travers ses aspirations et ses contradictions. »


Quelle est la vie juive aujourd’hui en Pologne ? Que reste-t-il de traces du passé familial ? Telles sont des questions auxquelles Jérémie Dres veut obtenir des réponses. Surtout depuis le décès de sa grand-mère dont il était extrêmement proche. Elle, dont une partie du passé avait été abandonné là-bas, dans ce pays où il semblerait qu’il faille se méfier de tout le monde.

Jérémie a organisé un voyage en Pologne, auquel il a pu convier son frère, Martin. Tous les deux, et chacun à sa façon, vont faire leur chemin de deuil et marcher dans les pas d’une famille disparue. Vont aussi découvrir une part d’eux dans ce judaïsme qu’ils ne pratiquent pas mais qui les intègre à une communauté vivante en Pologne.

Car le judaïsme a de nouveau – et enfin – sa place et les personnes qui le souhaitent peuvent le faire vivre. La Pologne n’est pas en avance sur les questions de documentation et d’historisation de la Shoah, mais elle avance et c’est important à souligner. Après avoir été longtemps coincée dans un communisme austère et rigide la marche de l’histoire elle aussi reprend, à son rythme.

Au cours de ce voyage, les deux frères vont rencontrer beaucoup de personnes impliquées de différentes façons dans la vie juive polonaise : journalistique, politique, cultuelle, culturelle, mémorielle, historique, etc. Ce sont alors différents témoignages qui s’offrent à nous. Mais l’optimisme concerne surtout la vie citadine. Pour le rural, la méfiance est beaucoup plus de mise et un passage du récit est presque effrayant de lourdeur : le sentiment de ne pas être à sa place, dans un cimetière juif, recherchant des noms de la famille sur des stèles non entretenues, dispersées, abîmées.

Une très agréable découverte, très dense, qui demandera sûrement une relecture dans quelques mois. Un voyage familial auquel le lecteur se sent complètement convié. Une enquête qui se confronte à l’histoire ainsi qu’à l’actualité d’un pays qui donne parfois l’impression d’osciller entre intégration et déni. Ce livre ne donne pas toutes les réponses aux questions que le lecteur se posera, mais offre cependant beaucoup de pistes de réflexion. Me rendant prochainement en Pologne, je ne manquerai pas de me (re)poser mes propres questions.

Je profite de cet article pour souligner la sortie du troisième roman graphique de Jérémie Dres : Si je t’oublie, Alexandrie le 12 septembre 2018, aux éditions Steinkis.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Gwennhalu


 

Et vous, est-ce un livre sur lequel vous vous seriez arrêté(e)s ?

5 commentaires

  1. Le titre m’intriguait, mais ta chronique donne vraiment les clés de cette BD ! C’est un sujet pas facile à aborder, en particulier pour quelqu’un de concerné, donc j’espère la lire un jour. Merci !

    Aimé par 1 personne

    1. Ce n’est pas facile du tout car l’histoire politique de la Pologne est compliquée et le judaïsme demande aussi des clés de compréhension (comme toute religion et culture). Mais j’ai trouvé que c’était bien construit et agréable à lire. 🙂

      Aimé par 1 personne

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