J’ai découvert Hubert Mingarelli avec Un repas en hiver et j’avais très envie de le retrouver avec un autre roman. C’est chose faite et j’en redemande encore !

41F92ZrQ9vL.jpg« Voici une longue nouvelle comme aurait pu en rêver Hemingway, où les circonstances comptent moins que le désarroi moral, les tâtonnements, les dialogues de ces quatre soldats en perdition, issus de l’Armée rouge, qui sortent d’une forêt où ils viennent de passer un hiver terrible, pendant l’année 1919.

Il y a la beauté des scènes muettes : réquisitions dans les villages, baignades dans un étang, embuscade. Il y a ce gamin, enrôlé volontaire, dont la présence irradie les quatre hommes car il est, semble-t-il, le seul à savoir écrire. Mais le ciel est sans fin et rien ne sera sauvé. »

Je ne connais encore rien à la révolution russe mais cela n’a en rien impacté la lecture de ce roman dans le sens où cela aurait pu être des soldats d’autres conflits (si tant est que ce soit dans des espaces où la température descend très bas). Nous suivons quatre hommes : Pavel, Sifra, Kyabine et Bénia, le narrateur. Ils sont tous différents, ils ont leur caractère, leurs qualités et leurs défauts, mais c’est leur complémentarité et leur compagnie qui est lue ici. Ils ont besoin d’être ensemble pour se distancier de la réalité, de l’horreur de la guerre. Ils se sont trouvés car ils étaient seuls dans la peur, redoutaient les remous qui secouent au sein même d’une compagnie. Survivre dans la guerre, c’est aussi pouvoir se reposer sur des êtres qui vous empêchent de devenir fou.

Après un hiver glacial qui fut nombre de morts, les quatre soldats attendent dans un campement. Ils découvrent alors un étang qui leur donnera un sentiment de presque normalité, dans un conflit où la norme est de ne pas savoir ce que nous serons demain. Les plaisirs simples deviennent précieux et l’amitié presque abusive parfois est un gage de survie : je ne suis pas seul, je ne suis plus seul, je ne serai plus seul.

Un jeune garçon engagé volontaire vient modifier le rythme du quatuor. Ce garçon écrit beaucoup dans son carnet, il note tout ce qu’il voit. Par l’écriture, les quatre soldats réalisent que ce sont des lignes de vie. S’ils meurent dans un champ, suite à l’explosion d’un obus, quelque chose restera d’eux dans ce carnet et ils vivront encore un peu. Il y a alors une urgence d’écrire, le jeune Evdokim prend une importance singulière.

Mais l’ordre est donné de démonter le campement pour partir. L’adieu à l’étang, la route vers l’inconnu synonyme de danger, les soldats reprennent la route, mais pour quelle destination ?

« Il le savait bien, Kyabine, ça aussi, qu’on allait continuer comme avant, il la connaissait la réponse. Nous lui avons quand même fait signe qu’évidemment rien ne changeait pour nous quatre, qu’est-ce qu’il allait s’imaginer, bien sûr qu’on allait rester ensemble. Il a acquiescé. »

Ce roman questionne les rapports humains en temps de guerre, l’humanité que l’on garde, que l’on essaie de conserver pour ne pas perdre l’esprit et pour survivre. Le fait que l’homme, peut être, n’est pas fait pour le combat, que la guerre le rend fou peu importe l’issue du combat, que les morts le hantent à vie.

Une lecture magnifique, qui fait sourire autant qu’elle fait pleurer. Nous espérons avec les personnages car nous nous attachons à eux. Prix Médicis 2003, c’est indéniablement un livre magnifiquement écrit et porteur d’une grande humanité, que je ne manquerai pas de recommander ! Attention : coup de cœur !

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Fragments de lecture… • Le blog de Philo • La Critiquante


 

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