« Les encombrants » de Dominique Sampiero (Grasset, 2009)

Ce livre est un nouvel arrivé dans ma bibliothèque, suite à mon braquage organisé des rayons d’Emmaüs du week-end dernier. La quatrième de couverture m’a beaucoup intriguée et elle promettait encore de bien laides réactions humaines face à la différence. Que de promesses !


Quatrième de couverture : « Un petit village du nord de la France. Tout le monde se connaît. Tout le monde feint d’ignorer ce qu’il sait des autres. Jean l’orphelin a grandi dans les bois voisins.

Devenu adulte, il est l’idiot, qu’on injurie ou qu’on bénit. Il est un peu comme ces encombrants dont on se débarrasse sur le trottoir, une fois par an, le jour des monstres, et dont il meuble sa baraque perchée sur la fourche d’un arbre… au pied duquel, un matin, on retrouve le corps sans vie d’une jeune fille. »


Dans ce roman, nous suivons plusieurs personnages, en particulier Jean, vu comme l’idiot du village, et Ciara, une belle jeune fille de seize ans.

Dominique Sampiero prend le temps de décrire le petit village du Nord où va dérouler le récit. Les on dit qui se sèment et sont portés par le vent, qui font réagir et puis laissent place à l’indifférence. Dans ce village, Jean vit de ce qu’il trouve et de ce qu’il glane aux habitants inattentifs qui laissent sur les fils du linge à portée de main. Celui que l’on appelle Hérisson rouge, car son nom n’est plus prononcé par les habitants, se sert et donne en échange de l’eau de pluie qui récupère dans la forêt. L’eau et les reflets de la lumière le fascinent, il est dans son monde, il a créé une bulle qui le protège, loin de tout sauf de la nature. Sa différence inquiète comme elle attire, en particulier les jeunes filles qui s’amusent de ce beau garçon roux qui, caché, les observe.

« Madame Lamant sait que Jean est le fils de Jeanne et de Victor et qu’à sa naissance, Jeanne est morte avec le jumeau de Jean coincé dans son ventre. Victor a enterré sa femme et son autre fils le même jour.

Cet après-midi-là, le ciel se retira du ciel jusqu’à la nuit. Tout le village marcha en silence derrière le corbillard. Le poison de la rumeur noircissait les langues. Un bébé qui tue deux innocents est l’enfant du diable. »

Recueilli jusqu’à ses douze ans par Madame Lamant, Jean développera une peur des hommes en même temps qu’un mutisme important, avant de fuir dans la forêt pour y vivre dans un cabane construite il y a longtemps par son père. Car la rumeur a le pouvoir de détruire et d’isoler, la superstition aussi. Et quand la rumeur et la superstition sont partagées par la plupart des habitants, elles deviennent une vérité à leurs yeux.

Ciara est une jeune fille de seize ans qui évolue dans un milieu familial un peu étouffant de protectionnisme (surtout de la part de son père Marco). Elle va mal. Elle a mal au ventre, elle veut même peut-être mourir. Elle se pose la question en tout cas. Un jour, elle part. La pluie tombe sur la forêt et elle se réfugie dans la cabane de Jean, la pensant abandonnée. Ils vont se rencontrer, à leur manière, car elle aussi s’amuse de l’eau et de ses jeux de reflets et de sons.

La famille puis le village apprennent sa fugue, sa disparition et la peur s’installe. La suspicion aussi. Les regards se tournent vers la forêt et vers le Hérisson. Son corps sans vie, violenté est retrouvé à proximité de la cabane. L’auteur du crime est tout désigné. Mais est-ce les preuves qui pointent le doigt vers Jean ou est-ce la rumeur qui le trouve à son goût ?

Une terrible leçon est à tirer de ce roman, quand les mauvaises langues détruisent avec la même puissance qu’une moissoneuse lancée à vive allure.

Une découverte de Dominique Sampiero qui arrive à mettre de la poésie dans l’horreur et l’injuste, et qui me donne très envie de poursuivre ma découverte avec Holy Lola.

Pour en savoir plus

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Allumelettres


 

Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur ?

4 commentaires

  1. Ce livre porte exactement le même titre qu’un autre livre que j’aime beaucoup (Marie-Sabine Roger, je crois) sur les retraités, ce qui n’a rien à voir 😀

    En tout cas, celui-là a l’air intéressant. (et terrible !)

    Aimé par 1 personne

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