« Soudain dans la forêt profonde » d’Amos Oz (Gallimard, 2006)

Je ne suis pas une grande lectrice de littérature israélienne (mais j’ai bien l’intention d’y remédier) et c’est avec des yeux d’enfants que j’ai voulu entrer dans ce conte d’Amos Oz, dont le sujet m’a immédiatement séduite.


Quatrième de couverture : « Un village au bout du monde, triste et gris, encerclé par des forêts épaisses et sombres. Un village maudit : toutes les bêtes, tous les oiseaux et même les poissons de la rivière l’ont déserté. Depuis, ses habitants se barricadent chez eux dès la nuit tombée, terrorisés par la créature mystérieuse nommée Nehi, et interdisent aux enfants de pénétrer dans la forêt. Mais surtout, ils gardent le silence. Personne ne veut se souvenir des animaux ni évoquer la vie d’avant. Seule Emanuela, l’institutrice du village, tente d’enseigner aux élèves à quoi ressemblaient ces animaux disparus.

Deux enfants de sa classe, Matti et Maya, décident alors d’élucider le mystère et s’aventurent dans la forêt en dépit de l’interdit…

Soudain dans la forêt profonde est un conte pour enfants et adultes. Au carrefour de la tradition biblique, du folklore yiddish et du conte européen, il nous offre une magnifique parabole sur la tolérance. »


C’est un très beau conte que nous livre Amos Oz, qui interroge les certitudes, les réactions du quotidien face à la différence, qui prône la tolérance. Le livre est court je ne veux surtout pas en dévoiler trop, je vais donc peut-être davantage en parler à partir du prisme de l’enfance et de l’espoir dont il est porteur.

Car dans ce conte, les adultes et les parents portent un mythe qui enferme les enfants dans un monde qui les arrange, sans affronter la réalité et le poids de leurs actes. Seuls des enfants, avec leur curiosité et leur liberté d’esprit parviendront à toucher la vérité liée à ce village déserté par tous les animaux et insectes vivants.

Les enfants peuvent être cruels, mais la cruauté trouve sa source dans les exemples donnés par les personnes qui constituent la société. L’adulte est un exemple et si un adulte moque ou violente, alors c’est que c’est normal, non ? La masse fait bloc et dicte sa loi. Qui va à l’encontre de ce qu’elle dicte est fou ou un peu allumé, les railleries vont alors bon train. Seuls les enfants peuvent faire face, car l’orgueil et l’ego se construisent avec l’âge. La mise à l’écart ne peut qu’engendrer le conflit ou l’esprit de revanche, si ce n’est de vengeance. À partir de quand ou de quoi attribuons-nous le qualificatif de différent ? Quand glissons-nous vers l’acharnement et la mise à l’écart de certaines personnes qui n’ont pas le masque de la masse ?

« La dérision est peut-être un rempart contre la solitude. En effet, les moqueurs veulent un public, et celui qui en est la victime est toujours seul. »

Le prisme des animaux est aussi fort et important. Ce livre porte une grande bienveillance envers le monde animal et un profond respect envers la nature et ce qu’elle crée. En poursuivant la rélfexion, le pouvoir de l’homme sur les animaux et la nature est ainsi également questionné. Qu’elle est donc cette étrange supériorité qu’il s’est attribuée ? Croît-il vraiment en être digne ?

« Certains animaux ont des mots pareils à des prières : des remerciements au soleil, au vent, à la pluie, à la terre, la végétation, la lumière, la chaleur, la nourriture, les odeurs et l’eau. Et il y a aussi des mots pour exprimer la nostalgie. Mais il n’existe aucun mot pour humilier ou offenser. Non. »

Ce livre est un appel à la tolérance et à l’acceptation de chacun et il donne à l’enfance la qualité de l’innocence qui peut voir au-delà des apparences, qui sait et aime remettre en question la parole des adultes. Les générations à venir auront décidément pas mal de travail pour rattraper nos erreurs et ce livre est dès à présent à partager autour de soi.

Pour en savoir plus

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Et vous, avez-vous un livre humaniste à partager ?

3 commentaires

  1. J’ai bien entendu parler de l’auteur, mais je ne l’ai jamais lu. Il y a des thèmes qui me parlent (notamment les réflexions sur les animaux et notre prétendue supériorité), donc j’essaierai probablement un jour. Merci pour ta chronique !

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