« Le livre d’Amray » de Yahia Belaskri (Zulma, 2018)

C’est désormais ancré, j’achète presque automatiquement les livres parus aux éditions Zulma. Vous constaterez prochainement que tous ne me conviennent pas, mais jusqu’à présent il y a eu de très belles découvertes. Et j’ajouterai, qu’en tant qu’objets à proprement parler, ce sont des éditions particulièrement esthétiques, ce qui ne gâche rien !


Quatrième de couverture : « On m’a dit que je naissais au monde, que les montagnes reculeraient devant mes aspirations, que les plaines donneraient plus de blé qu’elles n’en ont jamais produit et que les matins s’offriraient à mes pas juvéniles. Que ne m’a-t-on dit pour me laisser croire que j’étais un homme libre ?

Amray est né avec la guerre, entre le souffle du chergui et les neiges des Hauts Plateaux. Mais bientôt son monde vacille et les amis d’enfance, Shlomo, Paco, Octavia – celle qu’il nomme ma joie – quittent le pays.

Resté là comme en exil, Amray, fils de fières et nobles figures de résistance, Augustin, la Kahina ou Abd el-Kader, part lui aussi chercher plus loin ses horizons.

Roman de toutes les premières fois, premier amour, premières folies, premiers combats, le Livre d’Amray est une charge ardente contre tous les intégrismes, un chant vibrant d’amour pour une terre qui n’est jamais nommée, une Algérie rêvée et rendue à la vie – un chant d’espoir au monde. »


La guerre d’Algérie et la politique du pays sont des sujets sur lesquels je suis très peu renseignée. Cependant, j’avais vraiment l’envie de m’y intéresser et ce livre a soulevé autant de questions qu’il a apporté de pistes de réponses. Autant dire que la lecture a été riche, mais elle a aussi été dure. Quand on connait peu, on a tendance à ne pas savoir évaluer avec justesse la mise à distance que l’on doit adopter. J’ai pris une claque en même temps que le vent soufflait sur mon esprit les mots porteurs de liberté du poète.

Amray a connu la guerre étant enfant, la peur, la perte de ses amis qui ont dû quitter l’Algérie et il s’est mis à rêver de liberté, à exiger sa liberté et la paix entre les hommes à l’image de prédécesseurs pacifistes et humanistes. J’ai découvert des aspects de la guerre d’Algérie à travers les yeux d’un enfant, la pauvreté et la promiscuité. Ce livre est aussi un livre d’amour, pour sa mère qui l’aimait inconditionnellement, à sa façon, avec la pudeur qui la caractérisait. Un amour aussi pour Octavia qui le portera sur les chemins de la liberté toute sa vie durant, elle sera comme un fantôme, tapie dans le souffle de ses mots.

Plus tard, c’est dans la montée des intégrismes au cours des années 1990 qu’Amray va vivre. Refusant de s’y soumettre il en paiera le prix. J’ai vraiment été secouée par cette histoire que je ne connaissais pas, ou plutôt très peu au travers de l’histoire des moines de Tibhirine. C’est la guerre civile algérienne.

« Un jour les femmes décideront de ne plus enfanter. Pour ne pas voir leurs enfants malmenés et offensés. Pour ne pas reproduire les monstres que vous êtes, vous les prédateurs, les démolisseurs, les corrompus, les assassins, les salauds. Elles se déroberont à vos avances pour interrompre la chaîne de l’horreur. Elles sutureront leur sexe de fil de fer pour que jamais plus vous ne puissiez les ensemencer. »

J’ai acheté au cours des derniers mois d’autres livres sur la guerre d’Algérie et je crois que je vais faire en sorte de combler mes lacunes sur ce sujet. En tout cas, Le Livre d’Amray m’a vraiment confortée dans cette envie, pour pousser plus loin j’espère, vers des livres sur l’Algérie, son patrimoine et sa culture de manière générale. Car n’est-ce pas le pouvoir des livres : ouvrir les horizons, dépasser les frontières et voyager dans les pas littéraires de tous les Hommes ?

Pour en savoir plus

 

Et vous, connaissez-vous et aimez-vous les éditions Zulma ?

12 commentaires

  1. Wow, la citation est violente ! Sinon, je connais moi-même très peu de choses sur l’Algérie, bien que Camus m’en ait appris certains détails, ainsi qu’Alice Zeniter avec son livre « L’art de perdre ».

    Je ne connais pas encore bien les éditions Zulma mais je suis sûre que c’est un livre de qualité ! 🙂

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    1. Oui, sa violence m’a beaucoup marquée et je partage assez cet avis parfois… Je connais peu Camus mais j’avais lu (jadis) « L’étranger » qui m’avait marqué.

      Pour les éditions Zulma j’y vais les yeux fermés mais je n’ai pas tout aimé. Mais c’est normal. 😊 Ce que j’aime chez cette maison d’édition c’est la force du voyage !

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        1. Ah ! 😀 Il faudrait que je relise ces monuments de la littérature, parce que pour celui-ci il faut remonter à 10 ans !… Je vais faire en sorte de le lire cet été, loin du monde, pour avoir un nouveau regard dessus. 🙂

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          1. Je le relis très souvent, mais j’avoue qu’il y en aurait bien d’autres à relire, tout n’est pas exclusif à Camus ! (Jane Eyre… Je te relirai un jour)
            Et bonne lecture alors 😉

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          2. C’est vrai, la littérature remonte trop loin, ça nous aide pas ! Ahah ! Sur les classiques je suis une vraie quiche, mais j’ai prévu de rattraper un peu mon retard (je mets la pression à mes vacances, tu vas voir qu’elles vont partir sans moi ^^).

            Merci, et bonne lecture à toi aussi ! 😀

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          3. Pareil, tout le monde parle de tel ou tel classique, et moi je suis là « Encore un que je n’ai pas lu… » Mais ma PAL est composée majoritairement de contemporains, la résolution n’est pas pour cette année !

            Merci 😀

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    1. Toujours une invitation au voyage dingue et une attention aux émotions très présente ! 🙂 Mais j’ai mes petites déceptions sur certains livres malgré tout, mais rien de plus normal, tout ne peut pas plaire à tout le monde (et je suis une lectrice chiante, aussi. Hehe).

      Tu aurais un livre en particulier de cette maison d’édition à conseiller ? Je ne les suis que depuis une petite année donc j’ai pas mal de lectures manquées. 😉

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      1. J’en ai tant…Côté français, Le garçon de Marcus Malte et Hubert Haddad en général. Tu trouveras les chroniques sur mon blog. Passe par l’onglet Auteurs.
        Ensuite, Roda Candida de Olafsdottir, By the river of Babylon de Kei Miller.
        J’ai commencé le Buru Quartet sur l’Indonésie (4 tomes), c’est très intéressant aussi.
        Et puis, récemment, Cette nuit de Joachim Schnerf qui vient de recevoir le Prix Orange

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        1. J’ai entendu parler de ces livres, il va falloir que je complète mes lectures cet été ! 🙂 J’ai absolument adoré « Cette nuit » de Joachim Schnerf ! Mon dieu que j’ai pleuré ! ❤ Le prix est grandement mérité !

          Merci pour ces conseils de lecture ! 😀

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