« Un journal : 1933-1940 » de François Gibault (Gallimard, 2018)

J’aime les récits sous forme de journaux personnels car c’est souvent très dynamique et l’intimisme de ce genre de textes est très fort. C’est avec ce livre paru en avril que je me replonge dans ce genre littéraire.


Quatrième de couverture : « Revenu de la Grande Guerre gravement atteint dans sa chair et dans son esprit, un ancien combattant tient son journal depuis l’avènement d’Hitler, au début de l’année 1933, jusqu’en juin 1940.

Convaincu que, insouciante, mal gouvernée, en proie à des crises politiques à répétition, la République risque de perdre la guerre, il s’interroge : la démocratie est-elle, en ce temps de crises et de tensions internationales, le régime qui convient à la France face au communisme et au fascisme ?

Tous ses espoirs s’effondrent quand il prend conscience que 14-18 ne sera pas la Der des ders et que plus jamais ça, vœu de tous les poilus, ne sera pas exaucé. »


J’ai été immédiatement secouée par la colère que le narrateur porte en lui et déverse sur les actualités de l’époque. Blessé lors de la Première Guerre mondiale, il doit faire le deuil du passé et d’un avenir chamboulé par cette boucherie mondiale. Odile, son épouse, est très présente dans ce journal et l’évolution de leur relation est d’une magnifique subtilité.

Ma difficulté avec cette lecture a été de comprendre le contexte politique de l’entre-deux guerres ainsi que l’organisation des nombreux gouvernements de la Troisième République. Je l’avoue, j’étais un peu perdue. Mais le narrateur aussi, d’une façon tout à fait différente : le traumatisme de la guerre, les jeux politiques qui deviennent ridicules tellement les gouvernements changent vite et la colère permanente face à une société en crise. Mais la colère est souvent mal conseillère et les premiers temps de la montée du national-socialisme sera plutôt bien reçue par cet homme dont nous lisons les pensées (très travaillées avant d’être immortalisées), avant qu’il ne déchante totalement face à la haine affichée par Hitler.

Ce livre, au-delà des considérations politiques parfois difficiles à saisir (bon, le nazisme ça va, c’est plutôt facile à contextualiser), regorge de citations magnifiques qui nous invitent à questionner le présent. Car c’est un livre contre la guerre, contre l’antisémitisme, contre le gâchis de la jeunesse et de la vie, un livre avec des considérations contemporaines fortes. Ce que j’ai préféré dans ce récit intime c’est de voir l’évolution du positionnement d’un homme qui revient sur ses avis parfois tranchés, qui réapprend à vivre et à aimer. Un homme qui se surprend à espérer à nouveau.

Je vous laisse découvrir la fin du récit, qui s’arrête sans surprise en 1940, mais sans vous donner à lire quelques-unes des citations qui m’ont marquées lors de cette lecture.

« Jeudi 19 janvier 1933 : Les jeunes ignorent le prix de la vie, ils n’ont pas peur de la mort. Ce sont les meilleurs soldats. »

« Mercredi 23 août 1933 : Parfois je me réjouis d’être encore en vie, en piteux était certes, mais vivant, parfois j’en ai honte. »

« Jeudi 14 décembre 1933 : Quand nous étions enfants, mon frère et moi avions chacun une armée de soldats de plomb, que nous utilisions pour des parades, mais aussi pour nous faire la guerre. C’est très symptomatique de l’état d’esprit qui régnait en France entre la guerre de 70 et celle de 14. Nos soldats venaient de chez Lucotte, le meilleur fabriquant de soldats de plomb. Aujourd’hui, il ne me viendrait pas à l’idée de donner un tel cadeau à un enfant. La guerre n’est pas un jeu. »

Pour en savoir plus

 

Et vous, connaissez-vous un journal à me conseiller ?

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