« Juger Pétain » de Philippe Saada et Sébastien Vassant (Glénat, 2015)

Une nouvelle fois, le sujet a beau être dans mes habitudes de lectures – quoi que Pétain, en tant que sujet, je ne le croise pas souvent autrement qu’entre les lignes – c’est la couverture qui m’a tapée dans l’oeil. Un dessin lourd de sens, graphique et efficace.


Quatrième de couverture : « Paris, le 23 juillet 1945. Au beau milieu de l’été, un an après la libération de la capitale par les troupes du Général Leclerc, c’est sous une chaleur harassante que la foule s’agglutine devant les portes du Palais de Justice. Et pour cause, c’est aujourd’hui qu’à lieu le procès du maréchal Pétain. Le procès d’un vieux monsieur de 89 ans, que l’on dit sénile et dont on a du mal à croire qu’il fut tour à tour sauveur de la République puis meneur de l’ignoble Collaboration. Seulement 3 mois après la capitulation finale de l’Allemagne nazie, c’est le procès retentissant de l’un des personnages les plus controversés de l’histoire de France qui commence…

Philippe Saada nous raconte le déroulement du procès Pétain dans un passionnant documentaire en BD, illustré par l’un des habitués de La Revue Dessinée : Sébastien Vassant. Permettant d’entrevoir tous les tenants et aboutissants de cet épisode crucial de l’après-guerre, cet ouvrage – adapté du film documentaire éponyme diffusé en 2015 sur Planète et France 5 – se révèle d’utilité publique. »


La guerre est finie, la capitulation allemande a été signée, le gouvernement de Vichy est tombé, nous voilà maintenant le 23 juillet 1945. Commence alors le procès de Pétain. Cet ouvrage est très dense, les informations nombreuses, mais l’organisation du récit du procès est très pédagogique. Et cela tombait bien ! Car si je me suis intéressée au procès de Nuremberg ou à celui de Klaus Barbie, le procès de Pétain n’avait pas encore eu le temps d’être intégré dans mes neurones.

Tout est observé : la cour, l’accusation, la défense, les témoins, les éditorialistes, l’ensemble des intervenants et des acteurs de cette justice qui voulait tourner la page du gouvernement de la collaboration, de la honte (pour une partie de la France du moins).

Très documentaire, il demande un petit temps de décantage, de digestion mentale pour que toutes les pièces s’emboîtent bien. On sent la justice de l’immédiat après-guerre qui ne se positionne pas sur l’intégralité des accusations qui auraient pu être portées à l’encontre du Maréchal, faute d’avoir toutes les cartes en main. Oui, je parle évidemment de la déportation des Juifs. Il en est question, mais de façon évasive du fait, notamment, du manque d’informations globales relatives à l’ampleur de la Shoah (ce terme n’est alors pas utilisé). En 1945, au retour de ceux que l’on nommait les absents, l’attention était davantage portée vers les victimes politiques et résistantes plutôt que vers les victimes juives. Mais à l’été 1942, la France (car le gouvernement de Vichy était la France) n’a pas attendu qu’on le lui demande pour envoyer des enfants vers une destination inconnue, vers Pitchipoï, vers la mort de façon quasi systématique. Mais la présence de Laval (grand complice de la collaboration) qui était inespérée au début du procès, permettra malgré tout de parler un minimum de cette ignominie.

Non, la question qui va prendre pas mal de temps lors du procès de Pétain, c’est celle du choix de l’armistice plutôt que de la capitulation, c’est celle de l’engagement avec l’occupant. Il faut délier les évènements car l’aura de Pétain est emprunte en permanence du respect de certains pour le héros de la Première Guerre mondiale. Vu comme un père, un grand-père, vu aussi parfois comme un vieillard que l’on humilie alors qu’il paraîtrait qu’il a fait ce qu’il a pu pour sauver ce qu’il pouvait. La justice rendra son verdict, l’histoire sera en marche et les procès qui suivront, jusqu’à aujourd’hui, à travers l’Europe, serviront de repère pour ce que l’on qualifie (même si mal assumé au départ) de crimes contre l’humanité (1945) et de génocide (1948).

Un ouvrage passionnant et graphiquement très réussi, une oeuvre de grande qualité.

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous une lecture « judiciaire » à recommander ?

2 commentaires

    1. Avec plaisir ! 🙂

      J’ai presque tout découvert lors de cette lecture concernant ce procès en particulier, c’est vraiment très bien expliqué. Mais il y a pas mal de « protagonistes » donc je ne suis pas à l’abris de le lire une deuxième fois. ^^ »

      Aimé par 1 personne

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