Les prix littéraires du mercredi #05

Je reviens aujourd’hui sur quelques prix littéraires décernés récemment, sans focus sur un prix ou une institution en particulier :

 

  • Fief de David Lopez, paru aux éditions du Seuil en août 2017, Prix du Livre Inter 2018 :

136215_couverture_Hres_0« Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents ont eux-mêmes grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, ils jouent aux cartes, ils font pousser de l’herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres.

Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, son usage et son accès, qu’il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d’orthographe. Ce qui est en jeu, c’est la montée progressive d’une poésie de l’existence dans un monde sans horizon.

Au fil de ce roman écrit au cordeau, une gravité se dégage, une beauté qu’on extirpe du tragique ordinaire, à travers une voix neuve, celle de l’auteur de Fief.

David Lopez a trente ans. Fief est son premier roman. »

 

  • La Salle de bal de Anna Hope, paru aux éditions Gallimard (collection Du monde entier) en août 2017, Grand prix des lectrices de Elle 2018 :

A19803« Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un mélancolique irlandais. Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.

À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

Après Le chagrin des vivants, Anna Hope parvient de nouveau à transformer une réalité historique méconnue en un roman subtil et puissant, entraînant le lecteur dans une ronde passionnée et dangereuse. »

 

  • L’étrange de Jérôme Ruillier, paru aux éditions de L’Agrume en mars 2016, Prix littéraire PACA catégorie BD 2018 :

ETRANGE_COUV« Un homme au visage d’ours quitte son pays natal pour tenter l’aventure dans un pays supposé plus prospère, mais dont il ne parle pas la langue, et surtout dans lequel il est sans papier. Il est ce qu’on appelle « un étrange ». Une fois débarqué de l’avion, son chemin croise celui de nombreuses personnes, qui simplement l’observent – un passager de bus, une voisine, une corneille –, ou qui croisent son destin : la logeuse chez qui il s’installe, des bénévoles du Réseau d’aide aux étranges, des policiers, le patron qui l’embauche, un collègue, etc.

Jérôme Ruillier prolonge avec ce roman graphique son travail d’auteur engagé sur les questions liées à l’immigration. Après Les Mohamed, il nous livre ici une fiction poignante sur la vulnérabilité de ces étrangers, déracinés et isolés, victimes de nombreux abus et persécutions. Il nous plonge avec beaucoup de subtilité et de force dans le ressenti d’un homme débarqué dans un pays inconnu et dont il ne parle pas la langue, seul et sans papiers. Il est ce qu’on appelle un « étrange »…

Livre soutenu par Amnesty International. »

 

  • Les Pérégrins d’Olga Tokarczuk, paru en France aux éditions Noir sur Blanc en septembre 2010, Man Booker International Prize 2018 :

9782882502414.jpg« Alors, remue-toi, balance-toi, cours, file ! Si t’oublies ça, si tu t’arrêtes, il va t’attraper avec ses grosses pattes velues et faire de toi une marionnette. Il t’empestera de son haleine qui sent la fumée, les gaz d’échappement et les décharges de la ville. Il va transformer ton âme multicolore en une petite âme toute raplapla, découpée dans du papier journal. La clocharde du métro de Moscou qui parle ici appartient aux Bieguny (les marcheurs ou pérégrins), une secte de l’ancienne Russie, pour qui le fait de rester au même endroit rendait l’homme plus vulnérable aux attaques du Mal, tandis qu’un déplacement incessant le mettait sur la voie du Salut.

En une myriade de textes courts, Les Pérégrins, sans doute le meilleur livre d’Olga Tokarczuk, compose un panorama coloré du nomadisme moderne. Routards, mères de famille en rupture de ban, conducteur de ferry qui met enfin le cap sur le grand large : qu’ils soient fuyards ou conquérants, les personnages sont aux prises avec leur liberté, mais aussi avec le temps. Et ce sont les traces de notre lutte avec le temps que relève l’auteur aux quatre coins du monde : depuis les figures de cire des musées d’anatomie jusqu’aux méandres de l’Internet, en passant par les cartes et plans.

À travers les lieux et les non-lieux de ses voyages, Olga Tokarczuk a rassemblé des histoires, des images et des situations qui nous éclairent sur un monde à la fois connu et absolument mystérieux, mouvant réseau de flux et de correspondances… Sans jamais nous laisser oublier que le but des pérégrinations est d’aller à la rencontre d’un autre pérégrin. »

 

  • Les Rois d’Islande d’Einar Már Guðmundsson, paru aux éditions Zulma en février 2018, Prix Littérature-Monde 2018 :

les-rois-d-islande.jpg« Le clan Knudsen règne depuis plus de deux siècles sur Tangavík – petit port de pêche battu par les vents ou fief d’armateurs, question de point de vue.

Chez les Knudsen, on est potentiellement marin de père en fils, sauf à faire carrière à la caisse d’épargne. On compte dans la famille de grands hommes, des hôtesses de l’air et de gentils simplets. Ils ont été ministres, bandits, avocats, ivrognes patentés et parfois tout cela en même temps.Les Knudsen ont bâti des empires et les ont perdus avec le même panache. Ils ont monté des conserveries de harengs, composé des symphonies, roulé en belle américaine et sacrément magouillé. Ils ont été portés au pinacle et mis au pilori. Toujours persuadés, de génération en génération, d’être les rois d’Islande.

L’histoire mirifique des Knudsen, de ses représentants et de tous ceux qui passaient par là est, on l’aura compris, un tourbillon de portraits hautement réjouissants – la saga contemporaine d’une famille exubérante et totalement déjantée. »

 

Et vous, des livres récemment primés vous font-ils envie ?

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