💧 « Souviens-toi de nos enfants » de Samuel Sandler avec Emilie Lanez (Grasset, 2018)

Je me souviens de ces événements comme d’une prise de conscience que l’horreur est partout, tapie dans l’ombre. Ces actes inhumains sont encore frais dans ma mémoire, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur dans ma chair.

9782246815501-001-T« Ce livre est une stèle pour mes trois enfants. Que leurs visages, leurs mains, leurs sourires, leur innocence, ne s’effacent jamais de nos mémoires et que leurs prénoms y soient toujours chéris. J’aimerais que l’histoire de Jonathan, Gabriel et Arié nous habite, fraternelle et sensible. Dans mon cœur, ils vivent. La douleur ne triomphera pas du souvenir.

Samuel Sandler pensait qu’en France on ne tuerait plus d’enfants juifs, qu’après l’horreur de la Shoah, sa famille pourrait enfin vivre en paix. Mais en 2012, le tueur de Toulouse assassine son fils et ses deux petits-enfants devant l’école. Souviens-toi de nos enfants est un testament, une prière, son acte de foi dans les mots et dans l’homme. »

Samuel Sandler ne veut pas de place pour le nom du bourreau, je respecterai donc ce souhait. Ce livre est bouleversant, il a remué beaucoup de choses dans mon coeur. C’est un récit intime sur le deuil, sur la colère qui va chercher plus loin dans la mémoire, dans un passé tatoué par la Shoah.

Cette chronique sera courte car je ne veux pas paraphraser maladroitement le contenu de ce témoignage. Il s’agit de partager un deuil, d’essayer de comprendre la colère qui ne déborde jamais sur des accusations communautaires liées à l’assassin. Jamais. Nous ne sommes pas face à un livre qui alimenterait une quelconque polémique, mais face à un père qui essaie de comprendre sa perte, qui reste coincé dans le meurtre de ses enfants, qui n’en oublie jamais non plus les autres victimes.

Samuel Sandler revient également sur son histoire familiale durant la Seconde Guerre mondiale. Cette guerre qu’il n’a pas connue, il est né en 1946, mais qu’il ressent malgré tout en filigrane dans la vie du foyer, notamment au travers du cousin Jeannot, 8 ans, déporté et assassiné.

Enfin, ce témoignage revient sur le procès du frère de l’assassin. Un procès appréhendé mais auquel il se rendra tous les jours même s’il ne facilite pas le deuil. La confrontation fait remonter une colère difficile à contrôler, une colère de père qui a enterré ses fils alors que la logique voudrait que ce soit l’inverse. Une colère de père pour qui le nom de Sandler, qui a tant souffert mais a survécu, s’arrêtera après lui car un homme a décidé d’appuyer sur la gachette, sur des enfants de 6 et 3 ans.

Cette colère et cette tristesse, il est impossible de ne pas les vivre au cours de la lecture. Mais ce livre nous donne à connaître Jonathan, Arié et Gabriel, alors que les médias se sont plus attardés sur le bourreau que sur les victimes. Il y a parfois des curiosités malsaines qu’il vaut mieux ne pas assouvir.

Souviens-toi de nos enfants est un acte de mémoire fort pour qu’aucun autre enfant ne subisse le même sort. C’est aussi un livre qui explore des aspects du judaïsme qu’il est bon de connaître, car nous vivons dans un monde aux multiples religions : les connaître c’est ne pas tomber dans le piège des préjugés, c’est ne pas entretenir un processus de division qui monte les hommes les uns contre les autres. La violence est l’argument du faible.

*Finalement, pour la chronique courte, c’est raté.*

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Commentaires

7 comments on “💧 « Souviens-toi de nos enfants » de Samuel Sandler avec Emilie Lanez (Grasset, 2018)”
  1. lebouquinivre dit :

    Merci pour cette chronique très juste et extrêmement respectueuse.

    Aimé par 1 personne

    1. Usva K. dit :

      Merci à toi de l’avoir lu, je suis soulagée de me dire que je n’ai pas été maladroite. C’est tellement sensible. Doublement merci, donc. 🙂

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      1. lebouquinivre dit :

        Doublement de rien 😉

        Aimé par 1 personne

  2. Ada dit :

    J’étais à Toulouse lors de cet attentat, et ce qui m’avait frappé, c’était une certaine indifférence du reste de la France sur cette tragédie… Sûrement à cause du profil des victimes, en mode « Ã§a nous concerne pas ». Je lirai sûrement ce monsieur un jour, c’est vrai qu’on n’a quasiment pas entendu les proches des victimes. Latifa Ibn Ziaten, la mère d’un des soldats décédés à Montauban à cause du même type, travaille beaucoup à faire entendre sa voix aussi.

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    1. Usva K. dit :

      Je n’imagine même pas si j’avais été à Toulouse (une partie de ma famille y était)… Je n’ai pas ressenti cette indifférence (mais je n’étais pas sur place), je crois que ça aurait été insoutenable.

      C’est exactement ça, j’ai l’impression qu’on catégorise les victimes, qu’on les lie à une communauté et que ça excuse de ne pas se sentir touché. Ce sont des hommes et des enfants, ils font avant tout partie de l’humanité. Le sensationnel préfère détailler les bourreaux plutôt que de porter la mémoire les victimes. Pourtant elles sont aussi là pour nous pousser à être vigilants et à ne plus accepter les discriminations dans le quotidien. Prendre l’angle de l’assassin, pour moi, c’est attiser une haine, des préjugés, la peur. La question est vraiment prise à l’envers.

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      1. Ada dit :

        /5 jours après/

        L’indifférence, je l’ai ressenti en-dehors de Toulouse (on était tous un peu sous le choc dans cette ville)

        Oui, il y a ce problème de communauté, qui fait qu’on ose ne pas se sentir visés, alors que comme tu dis, ce sont des humains comme nous…

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