Je me souviens de ces événements comme d’une prise de conscience que l’horreur est partout, tapie dans l’ombre. Ces actes inhumains sont encore frais dans ma mémoire, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur dans ma chair.

9782246815501-001-T« Ce livre est une stèle pour mes trois enfants. Que leurs visages, leurs mains, leurs sourires, leur innocence, ne s’effacent jamais de nos mémoires et que leurs prénoms y soient toujours chéris. J’aimerais que l’histoire de Jonathan, Gabriel et Arié nous habite, fraternelle et sensible. Dans mon cœur, ils vivent. La douleur ne triomphera pas du souvenir.

Samuel Sandler pensait qu’en France on ne tuerait plus d’enfants juifs, qu’après l’horreur de la Shoah, sa famille pourrait enfin vivre en paix. Mais en 2012, le tueur de Toulouse assassine son fils et ses deux petits-enfants devant l’école. Souviens-toi de nos enfants est un testament, une prière, son acte de foi dans les mots et dans l’homme. »

Samuel Sandler ne veut pas de place pour le nom du bourreau, je respecterai donc ce souhait. Ce livre est bouleversant, il a remué beaucoup de choses dans mon coeur. C’est un récit intime sur le deuil, sur la colère qui va chercher plus loin dans la mémoire, dans un passé tatoué par la Shoah.

Cette chronique sera courte car je ne veux pas paraphraser maladroitement le contenu de ce témoignage. Il s’agit de partager un deuil, d’essayer de comprendre la colère qui ne déborde jamais sur des accusations communautaires liées à l’assassin. Jamais. Nous ne sommes pas face à un livre qui alimenterait une quelconque polémique, mais face à un père qui essaie de comprendre sa perte, qui reste coincé dans le meurtre de ses enfants, qui n’en oublie jamais non plus les autres victimes.

Samuel Sandler revient également sur son histoire familiale durant la Seconde Guerre mondiale. Cette guerre qu’il n’a pas connue, il est né en 1946, mais qu’il ressent malgré tout en filigrane dans la vie du foyer, notamment au travers du cousin Jeannot, 8 ans, déporté et assassiné.

Enfin, ce témoignage revient sur le procès du frère de l’assassin. Un procès appréhendé mais auquel il se rendra tous les jours même s’il ne facilite pas le deuil. La confrontation fait remonter une colère difficile à contrôler, une colère de père qui a enterré ses fils alors que la logique voudrait que ce soit l’inverse. Une colère de père pour qui le nom de Sandler, qui a tant souffert mais a survécu, s’arrêtera après lui car un homme a décidé d’appuyer sur la gachette, sur des enfants de 6 et 3 ans.

Cette colère et cette tristesse, il est impossible de ne pas les vivre au cours de la lecture. Mais ce livre nous donne à connaître Jonathan, Arié et Gabriel, alors que les médias se sont plus attardés sur le bourreau que sur les victimes. Il y a parfois des curiosités malsaines qu’il vaut mieux ne pas assouvir.

Souviens-toi de nos enfants est un acte de mémoire fort pour qu’aucun autre enfant ne subisse le même sort. C’est aussi un livre qui explore des aspects du judaïsme qu’il est bon de connaître, car nous vivons dans un monde aux multiples religions : les connaître c’est ne pas tomber dans le piège des préjugés, c’est ne pas entretenir un processus de division qui monte les hommes les uns contre les autres. La violence est l’argument du faible.

*Finalement, pour la chronique courte, c’est raté.*

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