« En roue libre » de Nicolas Moog, Gilles Rochier et Jiip Garn (Casterman, 2018)

Je ne sais pas pourquoi, mais cette bande-dessinée, loin de mes sujets de prédilection, m’a tapée dans l’œil alors que je faisais ma veille. Aussitôt récupérée chez mon libraire, aussitôt dévorée, aussitôt méditée.


Quatrième de couverture : « Oh t’inquiète pas. Ils frappent pas les infirmes… Au pire, ils me piquent mon fauteuil pour promener leurs mômes. Ha ha !

Tonio, on va lui couper sa dernière jambe. Lui et moi, ça fait un bail qu’on traîne ensemble. On est restés au quartier, on s’est débrouillés comme on a pu. On a bien vieilli ? Je sais pas.

Tonio, sa jambe et lui, ils avaient jamais vu la mer. On a fait un crochet pour la leur montrer. »


Je ne veux pas tomber dans un misérabilisme qui ne fait pas avancer la question, je ne veux pas non plus nier la violence insidieuse qui se répend dans certains quartiers où l’avenir est un mot difficile à conceptualiser. L’avenir c’est demain, cette semaine, pour le reste on verra plus tard.

L’avenir de Tonio n’est pas très joyeux, il va perdre sa deuxième jambe. Avec elle, c’est le reste de son autonomie qui disparaît. Avec une jambe, tu peux encore aller pisser seul.

Le récit est tressé entre aujourd’hui et la jeunesse des deux protagonistes principaux : Tonio et son ami. On découvre un Tonio qui se noie dans le réconfort de quelques cannettes, discute en mode no filter et n’accepte pas de perdre la dernière jambe qui lui reste. Il fait tout comme bon lui semble, quand il veut, parce qu’il le peut. C’est cela qui va venir se mettre en contradiction avec son ami d’enfance ancré dans une réalité rationnelle qui devient peu à peu incompatible.

Ce type d’opération n’est pas une formalité, ce n’est pas qu’un rendez-vous inscrit dans un agenda, c’est perdre un peu plus de ce que l’on est. Tonio est en colère et taquiner son monde et ne pas se présenter aux rendez-vous c’est sa manière d’exister, il ne veut pas passer le reste de sa vie à subir.

On découvre au fil des pages des anecdotes de jeunesse qui auraient pu l’amener à perdre sa jambe, jusqu’au jour où c’est le cas. Ce sont des défis inconscients d’enfants, des challenges extrêmes qui font se sentir vivants dans une société qui vous enterre. Et dans ce monde de l’enfance, Tonio est une star. Il est poussé et porté toujours plus loin dans le danger par son fan club. Peut-être est-ce aussi pour cela que son ami s’en sent responsable. Mais la culpabilité n’est pas l’amitié.

Les dessins m’ont au départ un peu surprise, je n’ai pas du tout l’habitude de ce style, pour finalement me convaincre. Ils mêlent à la fois une douceur et une froideur qui sont particulièrement adaptés à l’histoire et à son contexte.

Pour en savoir plus

 

Et vous, quelle est votre dernière découverte BD ?

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