« Vie de ma voisine » de Geneviève Brisac (Grasset, 2017)

Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir ce livre, mais je n’aime pas le format poche et impossible de remettre la main sur un grand format en librairie. Ma foi en Emmaüs m’a à nouveau donné raison de croire en ses trésors (oui, cette association peut me rendre mystique) !


Quatrième de couverture : « Ça commence comme une nouvelle d’Alice Munro : lors de son déménagement, une romancière est abordée par sa voisine du dessus qui l’a reconnue, et l’invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo. Ça continue comme un récit d’Isaac Babel. Car les parents de Jenny, la voisine née en 1925, étaient des Juifs polonais membres du Bund, immigrés en France un an avant sa naissance.

Mais c’est un livre de Geneviève Brisac, un « roman vrai » en forme de traversée du siècle : la vie à Paris dans les années 1930, la Révolution trahie à Moscou, l’Occupation – Jenny et son frère livrés à eux-mêmes après la rafle du Vel’ d’Hiv, la déportation des parents, la peur, la faim, les humiliations, et l’histoire d’une merveilleuse amitié. Le roman d’apprentissage d’une jeune institutrice douée d’une indomptable vitalité, que ni les deuils ni les tragédies ne parviendront à affaiblir. Ça se termine à Moscou en 1992, dans la salle du tribunal où Staline fit condamner à mort les chefs de la révolution d’Octobre, par la rencontre improbable mais réelle entre des « zeks » rescapés du Goulag et une délégation de survivants des camps nazis.

À l’écoute de Jenny, Geneviève Brisac rend justice aux héros de notre temps, à celles et ceux qui, dans l’ombre, ont su garder vivant le goût de la fraternité et de l’utopie. »


Je suis très sensible aux livres en lien avec la Seconde Guerre mondiale, en particulier sur la Shoah. J’aime aussi beaucoup les romans de non fiction. Autant dire que j’ai été absolument transportée par ce livre.

Jenny traverse la vie comme elle a traversé la guerre, en portant fièrement ses valeurs, qui lui ont été transmises par ces parents disparus pour lesquels elle a une fierté sans faille, encore aujourd’hui, elle qui est née en 1925. Ce livre est une boule d’énergie, de colère et de révolte face à l’avancée meurtrière de l’histoire des années 1930 et 1940, c’est aussi un récit sobre, humain et clairvoyant sur la force des personnes qui savent comprendre.

« Je n’ai jamais rien fait d’autre qu’appliquer, avec plus ou moins de réussite et de grâce, les principes auxquels je tiens. Les appliquer à la vie de tous les jours. Je ne crois à rien d’autre. La créativité partagée jour après jour, dessin après dessin. L’égalité entre les enfants, jour après jour, incident après incident. La lutte contre la peur, toutes les peurs, qui sont toujours peur de l’inconnu et peur de l’autre et peur de soi-même et honte. »

De la déportation de ses parents, Jenny garde une fracture qui ne peut se résorber avec le temps. Comprendre comment ils sont partis, comment ils sont arrivés, comment son père a pu écrire un dernier message dans l’un des wagons en partance pour Pitchipoï. On parle aujourd’hui de transmission de traumatismes sur des enfants qui ne les ont pas vécu, il est donc évident que sans être déportés eux-mêmes, les proches des victimes en sont aussi.

De sa petite enfance à la fin de la guerre, nous suivons les changements sociaux et politiques en même temps que nous apprenons à connaître la famille Plocki. L’écriture est d’une intimité et d’une amicalité telles que nous avons l’impression, nous aussi, de prendre le thé en l’aimable compagnie de la voisine du dessus, qui devient l’amie.

« Zayt ruhik kinder

Soyez tranquilles les enfants

Mame un ikh

Maman et moi

Mir forn avekh

Nous partons

Tsuzamen tsu

Ensemble

Papa

Lebt un hoft

Vivez et espérez. »

Cette année, un nouveau livre de Geneviève Brisac a été publié, Le chagrin d’aimer, qui revient sur sa propre histoire familiale. Cette découverte de l’auteure me donne très envie de la retrouver avec un autre récit !

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Et vous, l’avez-vous lu et aimé ?

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