« La tête en bas » de Noëlle Châtelet (Seuil, 2002)

J’ai eu envie d’une lecture courte cette semaine et en refaisant le point sur mon Book Haul d’avril ce livre s’est rappelé à ma mémoire (plutôt mauvaise). Ni une ni deux, je me suis lancée dans ce roman axé sur la recherche d’identité.


Quatrième de couverture : « Paul est hermaphrodite. Il existe, il aurait aujourd’hui soixante ans. À Noëlle Châtelet, qui l’a rencontré autrefois, il s’est confié comme il ne l’avait jamais fait. Inspirée par sa singulière aventure, Noëlle Châtelet lui consacre ce roman éblouissant de grâce. L’histoire vraie, la métamorphose de ce personnage né fille et devenu aussi garçon qui ne rêve que d’une seule et unique chose : s’incarner dans un seul sexe, être un homme.

La tête en bas est un livre surprenant sur un sujet tout aussi surprenant, pratiquement absent de la littérature, qui permet à Noëlle Châtelet, avec la sensibilité et le talent qu’on lui connaît, de poursuivre son voyage autour du corps en soulevant la question essentielle, et plus que jamais d’actualité, de l’appartenance sexuelle. »


J’ai énormément aimé cette lecture, de suivre Denise, puis Paul, à la recherche de son identité réelle, celle qui le rend entier mais le met aux prises des herbes folles. L’écriture de Noëlle Châtelet est directe mais belle, crue mais touchante, j’ai été conquise. Le livre n’est pas long, 152 pages, et je pense qu’il peut être une très bonne première lecture sur ce sujet pour les personnes souhaitant découvrir ce type de questionnements. Il m’a beaucoup fait penser au film The Danish Girl de Tom Hooper (2015) qui m’avait absolument bouleversée par sa violente beauté.

Denise est une petite fille qui a un trouble qui lui brûle les joues, jusqu’au jour où elle se découvre un tout petit pénis. Les piqûres qui l’affaiblissent n’y feront rien, elle est fille, elle est garçon. Elle ne veut être que garçon, ne devenir qu’homme, sans faire semblant, juste entièrement.

« Ce soir-là, un père et une mère ont fait quelque chose d’inoubliable et qu’aucuns parents avant eux n’avait fait : demander à leur enfant de décider de son sexe, librement, pour la vie. » p. 57

L’amour que lui porte ses parents permettront à Paul de naître, une dizaine d’années après sa première naissance, imparfaite. Mais décider d’être un homme n’arrête pas le corps et son évolution arrivé à l’âge de la puberté. La violence de cette puberté sera directement liée à cette poitrine qui pousse et ne cesse de pousser, celle-ci qui jurera avec la voix grave et naturellement masculine de Paul.

« Sous la lumière crue du néon, je vois bien que rien ne va avec rien, le haut avec le bas, le bas avec le haut, à cause du jardin fou où tout a poussé n’importe comment. » p.64

Comment vivre en homme lorsque le corps reste mélangé entre deux identités ? Comment vivre en homme lorsque les papiers d’identités sont un carcan dans une féminité révolue et incorrecte ? Comment vivre une sexualité en homme quand votre pénis est plus décoratif que fonctionnel ? Comment cotoyer un amour si parfait que sa propre imperfection en est plus violente ? Comment ne pas devenir fou ? Comment ne pas devenir fou ? Comment ne pas devenir fou ? Qui est-on, quand nous ne sommes ni l’un ni l’autre, sommes-nous encore quelqu’un ? Pour devenir quelqu’un, faut-il sacrifier une part de ce que l’on est, trahir cette petite fille qui n’est pas vraiment une ennemie ? Comment ne pas devenir fou ?…

D’amours en amours, de rencontres en folies, de soutiens indéfectibles en deuils, Paul fera un choix final, à quarante ans, celui qu’il attend depuis des années : sa poitrine et lui, c’est finit.

Cette lecture est marquante par sa singularité, par son écriture, par son courage, par son amour. Je la recommande chaudement à toute personne souhaitant découvrir ce type de questionnements.

Pour en savoir plus

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Et vous, est-ce un sujet qui vous intéresse ?

5 commentaires

    1. Merci beaucoup ! 🙂 Oui, c’est le type de sujets dont il faudrait plus parler, surtout dans une société hyperséxualisée qui ferme paradoxalement les yeux sur pas mal de questions d’identité sexuelle.

      Aimé par 1 personne

  1. Je me souviens avoir lu un titre de cette auteure il y a très longtemps. Si longtemps que je ne me souviens plus du titre. Mais c’était peut-être bien celui-ci car j’ai le souvenir d’une lecture originale et dérangeante. En tout cas, je partage ton enthousiasme pour The danish girl.

    Aimé par 1 personne

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