👁 « Mets le feu et tire-toi » de James McBride (Gallmeister, 2017)

James Brown a fait partie de mon éducation musicale depuis petite, avec d’autres artistes américains des années 1960 et 1970. Malgré cela, je ne suis jamais allée creuser beaucoup plus dans son histoire. L’occasion m’a été donnée, je l’ai saisie pour mon plus grand plaisir maintenant que la dernière page de ce livre est tournée.


Quatrième de couverture : « Au cours de ses quarante-cinq ans de carrière, James Brown a vendu plus de deux cents millions de disques, il a enregistré trois cent vingt et un albums, dont seize ont été des hits, il a écrit huit cent trente-deux chansons et a reçu quarante-cinq disques d’or. Il a révolutionné la musique américaine. Il était extraordinairement talentueux. Un danseur génial. Un spectacle à lui tout seul. Un homme qui aimait rire. Un drogué, un emmerdeur. Un type qui avait le chic pour s’attirer des ennuis. Un homme qui échappait à toute tentative de description. La raison ? Brown était l’enfant d’un pays de dissimulation : le Sud des États-Unis. »

Jazzman et romancier, lauréat du National Book Award, James McBride se lance sur les traces d’une icône de la musique américaine. De rencontres en entretiens, il nous offre un tableau magistral de l’univers de James Brown et nous livre une vision troublante de la société américaine actuelle.


Le titre du livre résume tellement bien une partie de la personnalité de James Brown et du propos du livre : mettre le feu au public et partir sans tarder, car la rareté fait le mythe, la rareté crée l’envie, la rareté permet aussi et surtout de ne pas devoir se dévoiler.

La famille de James Brown et lui-même se sont construits dans un pays raciste, ségrégationniste. Cela a posé dès le départ de son histoire la question de la confiance et la question des chances de réussite. Né dans une famille pauvre, il aura toujours une gestion de son patrimoine très personnelle et fera tout pour faire plaisir à ses proches et aux enfants, qu’il encouragera sur la voie de l’éducation tout au long de sa vie. C’est d’ailleurs aux enfants pauvres du Sud des États-Unis qu’il léguera tout après sa mort, ce qui déclenchera une vraie guerre juridique entre presque tous ses descendants. Depuis 2006, les enfants, eux, attendent toujours. Depuis 2006, la volonté de James Brown n’a toujours pas été honorée, la faute aux corbeaux volants au-dessus de sa dépouille.

Pourquoi ai-je intégré cet ouvrage dans ma thématique du mois d’avril ? Tout simplement car il est clair que tout au long de sa vie, sauf dans de rares cas, James Brown a eu peur et s’est méfié des Blancs. Cette méfiance ne venait pas de nulle part, sa famille, comme tant d’autres, avait été victime du racisme alors bien légal. James Brown n’était pas spécialement militant des droits civiques comme d’autres artistes l’ont été, mais il voulait prouver sa valeur et être toujours meilleur que les autres artistes, ce qui l’a érigé en modèle. Il a rendu possibles certaines choses que l’on pensait inimaginables.

Cette volonté d’être le meilleur a fait qu’il a été très dur tout au long de sa vie avec ses musiciens, qu’il n’a pas eu une grande stabilité maritale, qu’il a commis des excès sur la fin de sa vie, que son corps n’a plus réussi à le suivre. Car ce titre de ce livre résume autant sa manière d’être lors d’un concert que sa vie : il aura mis le feu, par les deux bouts de la chandelle, et sera parti, laissant le paysage musical américain et international bouleversé par son passage, grandit par son talent. Aujourd’hui encore, nous entendons les descendants musicaux de James Brown.

Ce livre n’est donc pas un livre sur la lutte pour les droits civiques, c’est un livre sur la lutte d’un homme qui voulait exister en entier en partant de loin pour l’époque et son contexte sociétal. C’est l’histoire d’un homme qui n’a jamais pu prendre le risque de se dévoiler, allant parfois jusqu’à nier ses origines auprès de la presse. C’est l’histoire d’un homme qui a été trop jugé sur la fin de sa vie sans jamais avoir été compris, car jamais connu vraiment.

James McBride a réalisé un travail titanesque de recherche. Il a rencontré d’anciens musiciens de James Brown, d’ex-femmes, d’amis, de membres de sa famille. Il a voulu connaître l’homme par ceux qui le connaissaient le mieux, sans déformation. Ce voyage a été magnifique et passionnant, merci.

Pour en savoir plus

Et vous, êtes-vous intrigués par l’histoire de James Brown ?

10 commentaires

    1. Oh c’est très gentil ! ^^ J’y suis allée car j’aime beaucoup la musique de James Brown, ça aurait été un autre artiste (par exemple il est question aussi un peu de Michael Jackson dedans), je n’y serais peut-être pas allée non plus. 😉

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    1. Oh, ça me fait très plaisir ! Merci ! *.*

      James Brown me colle des frissons depuis que je suis petite , donc dès que j’ai croisé la route de ce livre je me suis jetée dessus. Et c’est vrai que même si l’on connaît son oeuvre (ou une partie dans mon cas parce qu’elle est gigantesque) il reste une personne complexe et souvent mal jugée, ayant traversé une Amérique pleine de bouleversements.

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    1. Il me donne très envie également, mais je ne l’ai pas encore débusqué. N’hésite pas à me dire ce que tu en penses quand tu l’auras lu, ça m’intéresse ! 🙂

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    1. Merci beaucoup de ton passage ! 🙂 En effet, je l’ai découvert un peu par hasard et je n’en avais pas du tout entendu parler ! Je trouve ça dommage, moi aussi. Merci de ton avis (que je partage ^^) !

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